"Bravo à Toulouse d'être allé chercher Koulouris, qui a une très belle réputation en Grèce"

Publié le 23 juin 2019 à 00:00 par Emmanuel Davila

Alors que le TFC vient de recruter l'attaquant grec Efthymios Koulouris, le site LesViolets.Com vous propose une interview de Martial Debeaux, spécialiste du championnat grec pour le site Footballski. Il nous présente le parcours et le style de jeu de la première recrue toulousaine de l'été.

Quel genre d'attaquant est Koulouris ? En Grèce, on l'a parfois comparé à Luka Jovic, nouveau joueur du Real Madrid.
Pour ma part, j’estime que c’est un profil assez complet. Il n'a pas UN gros point fort mais il est bon dans tous les domaines, sans avoir non plus de faiblesse claire. Sur ses 25 buts l’année dernière, on a pu voir une palette assez large : buts de loin, de la tête, en contre, renard des surfaces, penalty. Ca donne un attaquant assez moderne, d’un gabarit assez robuste (1,84m), qui tient la route dans tous les domaines, mais qui doit naturellement progresser de partout aussi, notamment de la tête - qui serait, si on doit en trouver une, sa « faiblesse ». Mais encore une fois, ce n’est vraiment pas un joueur « mono-style », et je pense que les Toulousains le verront rapidement. Concernant Jovi?, je ne sais pas si c’est réellement une comparaison pertinente. Il y a quelques similitudes dans le profil (capable de marquer un peu de toute les manières, joueur assez puissant et complet), mais Jovi? est quand même plus jeune et largement en avance sur Koulouris si on prend les deux carrières. En tout cas, il a une très belle réputation en Grèce. Et le poste de n°9 en sélection lui est promis, donc la comparaison doit s’expliquer par cela aussi…"

Son style de jeu pourrait correspondre à la Ligue 1 ?
Pour moi, oui. Je sais que beaucoup de gens vont avoir en tête le passage de Mitroglou à l’OM, car ils partagent la même nationalité. Sauf que Koulouris n’a pas du tout un style aussi atypique, pour paraphraser Stéphane Guy. Il est mobile, il prend la profondeur, il décroche, bref il participe beaucoup plus au jeu et ça, je pense que ça lui sera utile, même s’il vit une période sans but ou est en perte de confiance. C’est-à-dire que s’il ne marque pas, il fera au moins les efforts pour l’équipe. Il va devoir forcément hausser son niveau, surtout dans l’intensité. Mais à 23 ans, en pleine possession de ses moyens physiques, et en démarrant dans un club comme Toulouse, sans pression démesurée, ça me semble idéal pour s’adapter à la Ligue 1 tranquillement. Et s’il démarre fort, je pense que les gens vont vite se rendre compte du potentiel.

L'écart de niveau entre la Superleague grecque et la Ligue 1 semble assez net...
Il l’est surtout au niveau physique et au niveau de l’homogénéité du championnat. En Grèce, il y a des équipes et des joueurs qui n’ont rien à envier au haut de tableau de L1, sans oublier des ambiances démentielles qu’on n’a quand même pas en France. Le problème, c’est que le bas de tableau existerait à peine en L2, donc ça donne des écarts assez forts, et des matchs vraiment décousus. Son défi sera d’être présent même face à un promu, ou dans des matchs où ça sera resserré derrière, comme on en voit très souvent en Ligue 1. Après, n’oublions pas que Koulouris est formé au PAOK, qui est un club de très bon niveau, donc je ne pense pas que la Ligue 1 représente un écart si énorme. Surtout que Toulouse sort de saisons compliquées, donc il n’arrive pas après un buteur qui aurait claqué 20 buts par an… Ça lui enlève un peu de pression, je pense.

En parlant de pression, Toulouse est un club calme, en comparaison à la ferveur grecque. Ça peut lui convenir ?
Oui, totalement ! C’est un club idéal pour lui : pas trop exposé médiatiquement, qui a connu des saisons pas folichonnes avant donc il ne pourra que faire mieux, et où il est quand même supposé avoir un temps de jeu conséquent, même s’il a du mal au début. C’est gagnant-gagnant. Il lui manquera forcément cette ambiance du PAOK, voire de l’Atromitos, avec des fans bruyants à domicile et à l’extérieur, mais ça lui enlèvera peut être aussi un peu de pression, car s’imposer dans son club formateur, où les attentes sont énormes, peut parfois être pesant pour un joueur. Surtout en Grèce. En France, il n’est « personne », donc il n’a pas cette étiquette de « futur grand joueur » qui a parfois semblé être lourde à porter.

Avec une seule saison accomplie, n'y a-t-il pas un risque que Koulouris soit un feu de paille ?
Si, forcément. Parce que l’Atromitos est un club modeste de Superleague, et que l’équipe tournait quand même essentiellement autour de lui. On peut légitimement se demander s’il arrivera à en faire de même ailleurs. ll y a déjà eu des exemples comme ça. Alors, certes, je ne peux pas garantir qu’il fera aussi bien à Toulouse au niveau « comptable », mais il affiche une vraie détermination à réussir, et surtout, à 23 ans, c’est le moment où jamais de saisir cette chance de jouer dans un grand championnat. Sans oublier le volet sélection, avec la place de Mitroglou à prendre. Avec tout ça réuni, je pense qu’il a plusieurs axes de motivation pour tout casser. Et vu le marasme offensif du TFC ces dernières années (en pointe), ça sera dur pour lui de faire moins bien. Il ne peut qu’offrir des solutions supplémentaires.

Est-il plutôt fait pour être une vraie pointe ou pour jouer à deux devant ? Comment était-il utilisé avec l'Atromitos ?
Il a évolué essentiellement en 4-2-3-1, seul en pointe. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il a aussi évolué avec un attaquant à ses côtés (Nsikulu, Manousos, Mujakic), et ça n’a pas du tout influé sur son rendement. Il a évolué dans un 4-4-2, avec une défense à 3 et des latéraux très haut, en 4-3-3 (où il avait claqué un doublé face à l’Aris), en 3-4-3… Bref, tactiquement, il n’y a pas besoin de le choyer en pensant un système où il faudrait que tout passe par lui. C’est aussi une de ses qualités : il a une vraie capacité d’adaptation tactique, et d’ailleurs beaucoup de ses coéquipiers à ses côtés ont brillé grâce à son efficacité (par exemple Bruno, qui a signé cet été à l’Olympiakos après sa belle saison à l’Atromitos). Je ne sais pas comment Casanova prévoit de le faire jouer, et je pense que Damir Canadi était quand même bien meilleur coach que Casanova, mais je ne doute pas qu’il saura en tirer profit en fonction des profils qu’il a sous le coude. Après, ma principale interrogation concerne les intentions de jeu de Toulouse : sous Casanova, ça ne ressemblait pas vraiment à une équipe joueuse, ni qui a trop de possession, donc il va falloir qu’il bonifie le peu de ballons qu’il aura. Un beau défi en perspective.

Peux-tu nous dire quelques mots sur sa personnalité ?
Que les Toulousains se rassurent : tous les Grecs ne sont pas aussi muets et effacés que Mitroglou. C’est un mec qui est comme un jeune de 23 ans, présent sur Instagram, qui ne fuit pas les médias ou qui ne semble pas être en marge du groupe. Après, forcément, les Grecs ne sont pas réputés pour s’exporter au mieux, surtout quand c’est leur première expérience à l’étranger (même s’il a joué à Chypre, ce n’est pas très différent de la Grèce), mais je ne me fais pas trop de souci de ce côté. Il est plutôt ouvert, et il va très vite s’intégrer à son nouveau groupe. Il pourra parler de la Grèce avec Matthieu Dossevi, par exemple (Dossevi a joué à l'Olympiakos en 2014-2015, ndlr) !

On parle d'un transfert à 3,5 millions d'euros et des bonus. C'est ce qu'il vaut ?
Je pensais qu’il partirait à 5-6 millions. Dans l’évolution du foot moderne, et même si le championnat grec n’est plus aussi fort qu’avant, c’est souvent le prix d’un joueur de moins de 25 ans qui claque une vingtaine de buts, sans oublier qu’il est en sélection A en parallèle. Donc Toulouse a fait une belle affaire, pour moi. Le risque est quand même limité, car s’il se foire, il trouvera preneur pour la moitié de la somme, ou alors il pourra retourner en Grèce. À 23 ans, il n'aura pas un salaire démentiel non plus, et la sélection lui donnera un peu de mise en lumière. Mais ça, c’est le scénario catastrophe. Je pense plutôt que le Tef' s’y retrouvera financièrement en le revendant plus cher, d’où le pourcentage à la revente qu’a inclus le PAOK. Il n’y a que le temps qui le dira, mais je suis plutôt confiant. Sa cote en Grèce est très bonne, sans doute la meilleure de Superleague vue la qualité de la saison qu’il a faite. Donc bravo à Toulouse d’être allé le chercher.

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