Un TFC sans défense

Publié le 19 novembre 2015 à 10:50 par LesViolets

Meilleure défense du championnat il y a quatre ans, l’arrière-garde violette est aujourd’hui la pire de Ligue 1. Analyse d’un déclin sur pente raide.

« L’important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. » Si le film La Haine de Mathieu Kassovitz souffle cette année ses 20 bougies, sa citation fétiche semble plus que jamais d’actualité. Partout en France, on récolte les pots cassés de certaines politiques, certaines décisions néfastes à notre avenir commun. Les choix des uns entraînent, dans une immédiateté toute relative, le malheur des autres. Il ne s’agit évidemment pas de faire un parallèle entre la panique qui gagne notre pays et celle qui gangrène  la défense de notre club favori. Cela serait injuste, déplacé. Mais à l’image de nos valeurs universelles, bafouées par la bêtise des uns et la rancœur des autres, l’arrière-garde du TFC est sur le déclin. Voici les 3 causes principales de cette chute, dont l’atterrissage pourrait bien avoir lieu à l’étage inférieur du football français…

Charnière décharnée

Tout d’abord, il est de bon ton de se replonger dans nos fiches de statistiques. Lors de la saison 2011/2012, Toulouse termine à la 8e place du championnat, mais surtout avec la meilleure défense de l’élite (seulement 34 buts encaissés). Dans l’axe, la charnière Congré-Abdennour semble infranchissable, formant un savant mélange d’intelligence et de puissance athlétique. Orphelins de son capitaine la saison suivante, Aymen Abdennour voit débarquer un monstre d’expérience pour lui succéder : Jonathan Zébina. Appelé dans la Ville Rose pour encadrer un groupe jeune et ambitieux (Casanova lui confiera le brassard dès son arrivée), JZ aura finalement passé davantage de temps chez le kiné que sur les pelouses.

C’est le début d’un grand bricolage dans le chantier de la défense centrale toulousaine. Vont alors se succéder les jeunes qui peinent à confirmer (Yago, Spajic), les erreurs de casting (Grigore, Veskovac) ou un peu des deux (Tisserand). Contacté par nos soins, Louis Gomis, l'ancien défenseur du TéFéCé (1999-2001) pointe du doigt l'instabilité du secteur défensif : « A mon époque, on est descendu à cause, entre autres, du manque de continuité dans l'effectif. Et en défense, avoir des repères, c'est primordial » Depuis le départ d’Abdennour en janvier 2014, la pente est d’autant plus raide et, presque deux ans plus tard, le constat est alarmant : Emmené par Kana-Biyik, Spajic, Yago et Tisserand, la défense des Violets est désormais la pire de Ligue 1 (26 buts encaissés en 13 rencontres).

Système of a down

Si on a longtemps critiqué l’absolutisme d’Alain Casanova, force est de constater que son approche tactique avait des points positifs : Avec son éternel 4-1-4-1, le TFC reposait sur une assise défensive solide. Au lendemain d’une saison 2012/2013 correcte mais pas emballante (10e place, 47 buts encaissés), l’entraîneur au survêtement décide de basculer vers un 3-5-2 résolument porté vers l’offensive. Si ce système permet aux Violets de marquer davantage, il ne permet pas de faire grimper le club au classement et fragilise le secteur défensif, qui devient le 16e plus mauvais de Ligue 1 dès la saison suivante (53 buts contre). Limogé en mars dernier, Coach Casanova laisse à Dominique Arribagé le soin de terminer la saison avec la 19e défense de l’élite (64 buts concédés) et de continuer, en 4-4-2 losange cette fois, à régaler les attaquants adverses.

La malédiction des gardiens

Pas besoin de passer ses lundis soir sur Canal+ pour en être persuadé : Le grand problème du TFC réside dans les prestations de ses gardiens. Lors d’une interview exclusive, Alain Casanova avait évoqué pour nous ce cas épineux : « Nos problèmes de gardiens commencent il y a plusieurs saisons déjà. Quand Cédric Carrasso, qui nous avait permis de finir 4ème de Ligue 1, quitte le club, on recrute Yohann Pelé, un gardien avec un énorme potentiel. Malheureusement, il y a ces problèmes de santé […] A ce moment-là, on a dû faire confiance à des garçons qui étaient  programmés pour être des doublures. »

Parmi ces doublures, il y a l’indescriptible Ali Ahamada, sans conteste le joueur le plus imprévisible de notre équipe favorite. Capable de marquer face à Rennes, d’effectuer des parades salvatrices et même de qualifier son équipe lors d’une séance de tirs aux buts, le Prince Ali réside au royaume de la boulette, où les sorties hasardeuses et les dégagaments manqués font partie du paysage. On se souvient également de Zacharie Boucher, parti cet été pour Auxerre après 32 matchs disputés sous le maillot du Tèf. Invité à s’exprimer sur le cas de l’ancien Havrais, élu meilleur joueur de Ligue 2 en 2013, la légende Mickaël Landreau avait d’ailleurs regretté son passage éclair dans la Ville Rose : « J’aurais bien aimé revoir Boucher, car je trouve qu’il a beaucoup de personnalité » déclarait le recordman de matchs joués en Ligue 1 (618).

Enfin, Mauro Goicoechea ne semble pas bien parti pour redorer l’image d’un poste laissé en jachère depuis les départs conjugués de Douchez et Carrasso. L’Uruguayen détient en effet un triste record en Europe cette saison, ayant déjà commis 4 erreurs grossières depuis son arrivée. Face à une telle série noire, l’hebdomadaire France Football évoquait d’ailleurs un rôle de gardien de but « frappé d’une manière de malédiction ». Tout serait donc la faute d’un marabout mal intentionné…

@GhislainCorrea

Nos derniers articles