Tactique : À quoi ressemble "l'Effet Kombouaré ?"

Publié le 07 novembre 2019 à 17:00 par Ghislain Correa

Nommé à la tête du TFC le 14 octobre dernier, Antoine Kombouaré a depuis dirigé quatre matchs officiels (trois en Ligue 1, un en Coupe de la Ligue). La rédaction du site LesViolets.com vous propose un large bilan tactique de ces premières rencontres, entre dynamisme offensif et fragilité défensive. Le tout en stats et en palettes !

1. Road to the 4-4-2

Il l’avait annoncé dès sa présentation : Antoine Kombouaré « reste un adepte du 4-4-2 ». S’il avait tout de suite tempéré en parlant d’adaptation, il ne faisait aucun doute sur sa volonté d’installer un tel système au TFC. L’ancien technicien du RC Lens a donc décidé de rester fidèle à ses principes, à l’image du Onze aligné face à Lyon samedi dernier.

Avant de se pencher sur l’animation des Violets version Kombouaré, il est d’abord question des hommes alignés. Si la base défensive est soumise aux aléas des blessures, le secteur offensif est largement remanié avec l’arrivée du coach kanak.

Après avoir démarré en soutien de l’attaquant, Max-Alain Gradel a retrouvé son cher couloir gauche suite à la blessure de Saïd. Surtout, l’immense Yaya Sanogo (1m91) effectue un retour en force dans l’équipe toulousaine. Lui qui n’avait joué que 60 minutes sous les ordres d’Alain Casanova vient d’enchaîner sa troisième titularisation d’affilée. Et afin de rendre la confiance placée en lui par Coach Kombouaré, l’ancien Gunner a inscrit 3 buts en 4 matchs, soit autant que sur l’ensemble de la saison dernière !

Aligné aux côtés de l’indéboulonnable Koulouris, Yaya Sanogo est la bonne pioche de l’automne au TFC. Mais il « prend » la place d’un milieu de terrain précédemment aligné par Casanova. L’ancien entraîneur haut-garonnais privilégiait en effet un milieu à trois, composé le plus souvent de Vainqueur, Sangaré et Makengo. C’est pour l’instant le dernier nommé qui fait les frais de ce changement tactique, Kombouaré lui ayant même préféré le jeune Koné (18 ans) face à Lyon.


Le temps de jeu de Jean-Victor Makengo cette saison. Au-dessus de la ligne rouge, les matchs dirigés par Antoine Kombouaré

2. Animation défensive et offensive

« Le plus important, ce ne sont pas les cartes, mais ce que vous en faîtes » disait un célèbre joueur de poker, chanteur à ses heures perdues. Au-delà du système, parlons donc de l’animation des Toulousains sur le terrain depuis l’arrivée d’Antoine Kombouaré.
Défensivement, le projet de l’ancien technicien de l’EAG semble assez clair : un bloc compact, articulé autour de deux lignes de 4 très proches l’une de l’autre.

Parfois bas, jamais haut, le bloc toulousain se situe le plus souvent dans une position médiane. En pratique, le premier rideau violet (les deux attaquants) se place à hauteur des milieux adverses afin de dissuader l’adversaire d’oser des passes verticales. La pression est ensuite effectuée par les joueurs de couloir, agissant exclusivement sur le latéral adverse qui reçoit le ballon le long de la ligne de touche.

Une telle animation, si elle offre plus de solidité défensive, permet rarement de mettre sous pression les défenseurs adverses. Mais cette relative liberté peut également se retourner contre l’équipe en possession du ballon, si ses centraux ne prennent aucun risque à la relance et se contentent de jouer latéralement (voir passmaps ci-dessous).


Face au TFC, les défenseurs lillois ont principalement joué entre eux, ne trouvant que rarement des joueurs entre les lignes toulousaines.

En recevant successivement deux équipes qualifiées en Ligue des Champions, Antoine Kombouaré souhaitait sans doute densifier l’axe du terrain et renforcer son bloc-équipe en laissant la possession à l’adversaire. Ce qui n’a pas empêché le TFC de marquer deux fois lors de chaque rencontre.


Toujours au Stadium, l'Olympique Lyonnais a multiplié les passes latérales mais n'a presque jamais trouvé de relais à l'intérieur du jeu.

Une fois les fondations défensives posées, Antoine Kombouaré pouvait se permettre de tracer les contours de son projet offensif. Et sur ce versant-là, la simplicité s’impose de nouveau autour deux idées essentielles :

D’une part, le 4-4-2 Kombouaresque se prive d’un milieu de terrain par rapport au 4-3-3 made in Casanova. Les relations intérieures se font donc plus rares, supplées par de nombreux échanges entre les joueurs de couloir. Sur la passmap ci-dessous (face à Lyon), on remarque donc que la relation Sylla-Gradel a constitué l’essentiel de l’animation offensive des Violets le week-end dernier.
Les deux hommes sont d’ailleurs les Toulousains qui touchent le plus de ballon depuis le début de saison, Sylla apparaissant même dans le top 10 de Ligue 1 avec 790 ballons joués (7ème). Naturellement, le TFC dirige 40% de ses attaques depuis le flanc gauche, un pourcentage unique dans le Championnat de France.

Également visible sur l’image ci-dessus, l’autre versant du jeu offensif d’Antoine Kombouaré consiste avec le retour du jeu long au Stadium. Exit le jeu de possession (souhaité) par Alain Casanova, place à un jeu plus direct à même de faire briller Yaya Sanogo et son mètre 91.

En chiffres, on observe une chute de la possession (44% de moyenne en L1 sous Kombouaré, contre 50% sous Coach Casa) à tempérer avec la qualité des adversaires rencontrés, mais aussi du nombre de ballons joués (463 par match, contre 575 lors de chacune des neuf premières journées). A contrario, la moyenne de longs ballons a clairement augmenté, avec pas moins de 62 transmissions aériennes par match contre 51 en moyenne en début de saison. Quand les chiffres parlent mieux que les entraîneurs…

3. Les centres comme arme ultime

Tout au long des trois matchs de L1 dirigés par Antoine Kombouaré, nous avons assisté à la naissance d’un plan de jeu à la fois simple et classique lorsqu’un changement d’entraîneur intervient en cours de saison. Mais si le Kanak a déclaré vouloir « mettre des tampons » et semble vouloir livrer bataille avec ses nouvelles troupes, il compte plus que jamais sur les centres pour lui fournir suffisamment de munitions.
Le TFC centrait déjà avant l’arrivée de l’ancien « Casque d’Or » du PSG. Cette tendance risque encore de s’accentuer sous son mandat, puisque les Violets ont tenté 22 centres contre Lille, 26 face à Lyon et même 30 à Rennes ! De quoi monter sur le podium des équipes qui centrent le plus en Ligue 1, aux côtés du PSG et de Montpellier.

Si Toulouse aime centrer, c’est aussi grâce à l’activité de ses joueurs de couloir. Matthieu Dossevi est ainsi le joueur qui centre le plus en L1 (112 centres, plus que Di Maria !) tandis que Max-Alain Gradel se classe 7ème (73 centres) malgré le fait d’être positionné en « faux pied ».

Surtout, la propension toulousaine à mettre le ballon dans la boîte est accompagnée d’une certaine réussite. Sur les 4 buts inscrits dans le jeu en championnat depuis l’arrivée de Kombouaré, tous l’ont été suite à un centre. Une statistique parlante, qui doit son existence à la capacité des Violets à apporter de la densité dans la surface adverse, mais aussi à la qualité des centres qui atterrissent souvent dans la « Golden Zone » (face au but, à l’endroit où la majorité des buts sont inscrits).


4. Le chantier défensif

Si l’arrivée d'Antoine Kombouaré rime avec réussite offensive, il n’en est pas de même pour la solidité défensive. Déjà fragile du temps d’Alain Casanova, l’édifice toulousain semble s’étioler match après match. Avec 7 buts encaissés en Ligue 1 depuis son intronisation, l’ancien technicien connaît sa priorité s’il veut éviter le naufrage : renforcer la pire défense du championnat (22 buts contre en seulement 12 journées).

Frustré après le revers face à Lyon (2-3), il avait d’ailleurs tapé du poing sur la table en zone mixte : « On s'est jeté dans la gueule du loup et on s'est fait transpercer. On s'est laissé emporter et il va falloir corriger ça […] Il faut trouver un équilibre entre attaquer et ne pas trop se jeter », concluant son interview par un constat laconique : « On a marqué deux buts à chaque fois mais on perd ces deux matchs, ça veut donc dire que l'on défend mal. »

Si la défense des Violets veut retrouver de sa superbe, il faudra régler plusieurs problèmes majeurs : le nombre de tirs subis, bien sûr (16 par match, pire total de Ligue 1), mais aussi la gestion des joueurs entre les lignes, couplée à une trop grande passivité dans la zone de vérité. Sur le premier thème, voici une série de clichés issus de la rencontre face au Stade Rennais (observez bien le chrono !) :



Si cette séquence offre un but à l’adversaire, il y a de nombreuses situations similaires qui n’ont (heureusement) rien coûté aux partenaires de Baptiste Reynet. Positionnés en deux lignes de 4, les Toulousains doivent donc absolument corriger ce détail tactique, en fermant les intervalles créés par les déplacements adverses. Une mission complexe pour le nouveau staff, mais décisive dans la quête vers le maintien.

Au-delà du tableau noir, Antoine Kombouaré se doit également d’agir au niveau des mentalités. Plus que le positionnement, une défense efficace se caractérise par son sens de l’engagement et s’interdit toute forme de passivité. Au vu des buts encaissés au Stadium face à l’Olympique Lyonnais, le chantier est encore important…


Bilan : A la guerre avec AK !

Il est toujours possible de critiquer les choix effectués par la direction du TFC. Antoine Kombouaré n’est pas l’entraîneur le plus bankable sur l’Île du Ramier, et sa nomination symbolise pour beaucoup l’idée d’un recyclage éternel des managers de Ligue 1.
S’il n’est pas un adepte d’un football très romantique, l’ancien coach de Dijon a le mérite de fournir rapidement une identité à son nouveau groupe. Celle d’une équipe consistante défensivement, organisée autour d’un immuable 4-4-2 et d’un bloc-équipe compact à défaut d’être haut. Une formation qui base son jeu offensif sur le jeu direct et l’animation des couloirs, bien aidée par le volume de centres de Gradel et Dossevi, tout autant que par la confiance retrouvée par Yaya Sanogo. Reste désormais à solidifier un collectif qui manque à la fois de discipline collective et d’intensité défensive. Vaste programme, mais le maintien s’obtient à ce prix…

Par Ghislain Correa (Toutes statistiques sont issues des sites spécialisés WhoScored.com, UnderStats et LFP.fr)

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