Romain Molina : "Le partenariat TFC - Manchester City, une question géopolitique"

Publié le 20 novembre 2018 à 13:00 par JB

Journée spéciale sur LesViolets.Com avec une interview de Romain Molina, journaliste indépendant et écrivain sur le monde du football. Dans son dernier livre, “La Mano Negra”, Romain Molina retrace l’itinéraire de plusieurs personnages qui exercent une influence déterminante sur le milieu du ballon rond sans que le grand public n’entende jamais parler d’eux.

Pour LesViolets.Com, il s’exprime sur le dossier Jean-Clair Todibo, l’organisation du club et l’avenir du TFC. Troisième épisode avec l’annonce réalisée par Olivier Sadran au début de l’été, sur la future arrivée d’un grand club européen dans le capital du Tèf.

Un possible partenariat entre le TFC et Manchester City pourrait voir le jour. Quel est votre avis là-dessus ?
Romain Molina : “On parle de Toulouse quand même, pas d’un vulgaire club de National qui serait dans le besoin. Je pense que le TFC vaut mieux que ça. Mais, là, c’est le romantique qui parle. Ça démontre ce que devient le football moderne avec cette idée de grand groupe, dont City est l’architecte. J’ai un peu de mal avec ça. Pour moi, un club doit rester unique de par sa situation géographique, son histoire, sa culture, ses traditions et son bassin de fans. Te dire que tu vas être assujetti à un autre club, alors que toi-même tu évolues en première division dans un bon championnat, c’est triste philosophiquement parlant. Économiquement, par contre, je peux comprendre la logique de Sadran. Néanmoins, attention, si Manchester City entre dans le capital du TFC, c’est pour avoir un contrôle.

Pourquoi Manchester City est-il intéressé par la Ligue 1 ?
Quand on connaît les relations entre Olivier Sadran, Nasser Al-Khelaïfi et le Qatar, au niveau du business, c’est marrant… La vraie question ne concerne pas le TFC. Mais comment le PSG va réagir à ça ? Je ne parle pas de foot, mais de géopolitique. J’espère que Sadran sait bien ce qu’il fait. Si le partenariat se conclut, je pense que plus aucun joueur roumain ne partira du TFC au Qatar à l’avenir (Référence à Dragos Grigore, vendu à Al-Sailiya, ndlr)… Je serais curieux de savoir ce que pense Nasser Al-Khelaïfi du projet de son grand ami.

Ce partenariat pourrait donc contrarier le Qatar ?
Toulouse qui s’associe à Manchester City, bah put…. À Doha, je ne suis pas persuadé qu’ils soient très contents. À mes yeux, c’est inconcevable quand tu connais la rivalité entre les propriétaires du PSG et de City. C’est un peu comme si un des meilleurs amis du Qatar en France partait à l’ennemi… Même si ça s’est un peu calmé, il y a plus ou moins une guerre froide dans le Golfe. Il existe une relation professionnelle et amicale entre Sadran et le Qatar, et d’un coup, tu pars avec ton meilleur ennemi. Au niveau géopolitique et diplomatique, ce serait vécu comme une trahison par le Qatar. Jusqu’à présent, personne n'a parlé de ça, mais, pour moi, c’est un acte fondamental. Quand tu es aussi bien avec le Qatar, pourquoi partir avec les Émirats arabes unis ? Je n’ai pas d’information au sujet de ce partenariat, mais si ça met du temps, c’est peut-être à cause de ça…

Le voisin bordelais a été récemment vendu par M6. Comment accueillez-vous ce changement de propriétaire ?
L’arrivée en masse de capitaux américains dans le football, notamment à Bordeaux, me fait peur. On ne sait jamais qui dirige quoi et ce sont souvent des fonds vautours. Ensuite, ils ont une logique de trading de joueurs. On mise sur des êtres humains, et ça me pose un léger problème. D’autant que c’est irréaliste, car on ne peut pas gagner d’argent dans le foot. L’industrie footballistique est très faible. On est très loin du pétrole, du BTP, du gazier… Les recettes et bénéfices du football sont inversement proportionnels à l’exposition médiatique qu’il génère au niveau international.

Mais alors pourquoi plusieurs fortunes mondiales veulent investir dans le football ?
Détenir un club de foot a forcément un intérêt, autre qu’économique, sinon il n’y aurait pas autant d’États, d’hommes politiques et de milliardaires intéressés. Racheter un club de foot peut être basé sur la passion, mais c’est très rarement le cas. Souvent, c’est par pouvoir. Beaucoup font l’erreur d’analyser le football que sur l’angle économique, notamment Mediapart. Il faut aussi l’analyser sur les angles de l’influence, des réseaux et du pouvoir. C’est important pour des capitaux étrangers d’être visibles dans un pays. Par exemple, quand l’Azerbaïdjan, par l’intermédiaire de Mamadov et du sponsor de l’Atletico Madrid, vient à Lens, on est très loin du simple intérêt financier. C’est pour des raisons géopolitiques. Le PSG, de son côté, est la meilleure ambassade du Qatar à l’étranger.

Quels sont les avantages d’avoir un club de foot en France ?
Tenir un club de Ligue 1 peut intéresser des gens qui ont envie de se faire un carnet d’adresses. Aujourd’hui, le foot ressemble un peu aux anciens paddocks de Formule 1. Les gens investissent à perte juste pour le réseau, car tu sais que tu vas récupérer l’argent ailleurs. Olivier Sadran a, d’ailleurs, récupéré énormément pour son business industriel, notamment au Moyen-Orient et au Qatar.

Une fortune étrangère peut-elle s’intéresser au TFC ?
Toulouse est une ville importante en France, donc ça peut potentiellement être intéressant. Reste à voir le prix, et en France, on est très gourmand. Saint-Etienne, Nancy ou encore Troyes attendaient des prix démesurés. Je serais curieux de savoir le prix demandé par Olivier Sadran et s’il accepterait de vendre plus de 50%. Un investisseur qui met de l’argent, c’est pour décider. Un autre problème peut aussi se poser, c’est le bassin de fans qui est limité. Si tu es investisseur, entre Lens et Toulouse, tu prends le RCL.

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