RedBird FC, supporters, course à la montée : les déclarations d'un dirigeant de RedBird

Publié le 17 April 2021 à 18:15 par Emmanuel Davila

Le 25 février dernier, le podcast Are You Not Entertained invitait Alec Scheiner, un des membres principaux de l’actionnaire du TFC, RedBird. Membre du conseil d’administration du club, il s’est longuement confié sur les raisons de la venue de RedBird à Toulouse, leur stratégie multiclubs, les spécificités du foot européen, leur business… Le site LesViolets.Com vous propose l’essentiel de ses déclarations. 

QUATRE ANS DE RECHERCHE AVANT DE CHOISIR TOULOUSE

"Gerry Cardinale a été assez sympa et assez malin pour nous laisser explorer le football européen pendant quatre ans avant d’investir. La première fois que je lui en ai parlé, je lui ai dit : « les leviers sont les mêmes, mais l’Europe n’est pas l’Amérique du Nord, soyons sûrs de comprendre dans quoi nous nous lançons ». De 2016 à 2020, nous avons observé 80 clubs, dans neuf pays et 13 championnats différents. Et quand je dis que nous les avons observés, nous les avons vraiment observés. Je me souviens d’un voyage en Europe où nous sommes allés d’Espagne en Italie, puis en France, puis à nouveau en Espagne, et tout ça en trois jours. Ça n’a pas été aussi romantique que je l’aurais cru ! Mais nous avons commencé à savoir ce que nous cherchions. Quand nous avons prospecté dans ces 80 clubs, nous avons justement observé qui risquait de descendre, qui pouvait monter, comment ceux qui se maintenaient y arrivaient. Vous ne pouvez pas investir trop dans un club dont les revenus pourraient être divisés par deux l’année suivante, et à l’inverse, vous pouvez investir un peu plus si les revenus peuvent doubler l’année suivante."

POURQUOI TOULOUSE

"Nous voulions trouver une ville suffisamment grande, suffisamment désirable pour que d’autres personnes aient envie d’acheter un club à cet endroit. C’était le premier critère. Ensuite, nous voulions un endroit avec une histoire assez forte mais aussi un vrai avantage opérationnel. Et enfin, nous voulions trouver les bons partenaires. Nous avons appris à connaître Olivier Sadran. Petit à petit, nous avons commencé à comprendre qui pourrait diriger ce club – puisque ça ne pouvait clairement pas être nous, depuis New York, disant aux autres quoi faire. Nous avons donc trouvé Damien Comolli et Olivier Jaubert, qui avait travaillé à la LFP.

UN PREMIER BILAN POSITIF

"Nous ne faisons que commencer, mais cela a été un grand succès pour nous jusqu’ici. Les gens sont super, le club est performant, nous sommes doucement en train de le transformer. Je suis très fier de ce que nous avons fait en si peu de temps. J’espère que nous monterons, mais que ce soit le cas ou pas, nous avons connu un très bon parcours, pour notre équipe et pour notre business. Et je n’ai aucun crédit dans tout ça, le mérite revient à Damien et Olivier.

LE SYSTEME PROMOTION/RELEGATION A L’EUROPEENNE

"J’adore ça. Imaginez un monde où, aux Etats-Unis, vous pourriez acheter une équipe pour 100 millions de dollars et, simplement en la dirigeant suffisamment bien, vous la mèneriez en Major League Baseball (principale compétition de baseball aux Etats-Unis, ndlr). Ce serait incroyable. Je trouve ça très excitant, et en même temps, c’est tellement binaire… Lorsque je regarde les matchs de Toulouse, chaque weekend, je deviens fou. A chaque fois, si on perd, ça peut être la fin, on pourrait ne pas monter. On peut faire une super saison, finir quatrième sur vingt clubs, ce qui est bien, et cela ne signifierait absolument rien. Alors qu’en finissant deuxième, tout s’ouvre à vous. Donc, d’un point de vue personnel, je trouve que c’est génial, et d’un point de vue d’investisseur, vous feriez mieux de réussir."

LA STRATEGIE MULTICLUBS ET LE "REDBIRD FC"

"Lorsque nous pensions à ce que nous voulons construire – nous appelons ça le RedBird FC -, nous nous sommes dits : si nous voulons acheter plusieurs clubs, ils doivent pour la plupart déjà être à un certain niveau, pour pouvoir nourrir les autres et travailler avec. Même s’il fallait bien commencer quelque part, nous avons toujours eu en tête d’avoir deux, trois ou quatre clubs. Une fois que vous avez ça, vous contrôlez votre destin et vous pouvez alors étendre votre modèle au-delà des clubs que vous possédez, en construisant une infrastructure [centralisée]."

ASSOCIER BUSINESS ET AMBITION SPORTIVE

"Billy Beane dit qu’il y a deux choses qui comptent dans le sport : gagner et faire de l’argent. Et vous n’avez le contrôle que sur l’une des deux. Certains détruisent leur business simplement pour gagner. Vous pouvez aussi dire : laissez-moi gérer mon business de la bonne manière et, ensuite, me concentrer sur la victoire. Avec le temps, je pense que cela bénéficie aux supporters. Il y a toujours cette réaction immédiate, qui est de dire : « je ne veux pas que les propriétaires traitent ça comme un business ». Mais c’est bien mieux que les montagnes russes de dépenses et de défaites, avant de peut-être devoir vendre le club à quelqu’un d’autre. Gérez ça avec responsabilité, comme une entreprise, et vous aurez de grands résultats.

LES SUPPORTERS ET LA CULTURE EUROPENNE

"J’ai travaillé pour les Cleveland Browns (franchise de football américain), dont je pense qu’ils appartiennent légitimement à leur communauté. Gerry dit toujours : « je ne possède pas un club, je m’en occupe seulement pendant une certaine période ». Je ne crois pas que les choses soient si différentes [entre Europe et Amérique du Nord]. A peu près chaque supporter pense que son club lui appartient, il ne pense pas vraiment que quelqu’un d’autre en soit le propriétaire. En revanche, on n’utilisera pas les mêmes leviers en Europe, parce qu’il y a des sensibilités culturelles différentes. Si vous êtes à Dallas, qui a historiquement souvent vendu des PSL (système qui consiste à acheter la place d’un stade pour une durée indéterminée : tant qu’une même équipe conserve son stade, celui qui achète une PSL est le seul à pouvoir utiliser son siège, ndlr), vous pouvez construire un nouveau stade et vendre des PSL. A Toulouse, vous ne pouvez pas faire ça. Vous pouvez toujours optimiser votre business, mais vous devez reconnaître que, culturellement, les supporters ont une relation différente avec leur club. Nous avons beaucoup de patience vis-à-vis de ça."

Nos derniers articles