Olivier Létang contre Jean-François Soucasse, ou comment Rennes surclasse le TFC

Publié le 05 May 2019 à 00:00 par JB

Ce dimanche, à 15h00 au Stadium, le TFC accueille Rennes, vainqueur de la Coupe de France. En quoi le modèle breton est si différent de celui de Toulouse ? Enquête.

De losers à héros

Entre 2010 et 2015, le TFC et le Stade Rennais étaient souvent proches au classement, les Toulousains avaient même devancé les Rouge et Noir en 2013 et 2014. Les deux clubs étaient considérés comme les “losers” du football français, incapables de gagner le moindre trophée majeur depuis plus de 45 ans. Mais tout ça, c’était avant.

Depuis, Rennes s’est offert une qualification en Ligue Europa et un succès face au PSG le week-end dernier au Stade de France. Un homme clé est à la tête de cette réussite : Olivier Létang.

Le parcours de Létang

Ancien joueur pro à la carrière modeste au Mans puis à Reims, c’est dans ce dernier club que Létang a démarré une nouvelle vie, d’abord en tant que directeur administratif et financier, puis Directeur Général. En 2012, le PSG le nomme directeur sportif adjoint, jusqu’à obtenir le poste de directeur sportif en 2016, et de démissionner en avril 2017. Le Stade Rennais le recrute en novembre 2017 pour mettre en place une organisation “très professionnelle.

Dès sa première semaine, il limoge Christian Gourcuff, au profit de Sabri Lamouchi et obtient une cinquième place en Ligue 1. La suite, on la connaît : Julien Stéphan remplace Lamouchi et parvient à soulever la Coupe de France, après un joli parcours en Ligue Europa.

“Le Stade Rennais était un club pro avec un fonctionnement un peu amateur”

Quels ont été les changements opérés par Olivier Létang au Stade Rennais ? Pour répondre à cette question, nous avons contacté Fabrice Pinel, spécialiste du club breton et webmaster du site ROUGE Mémoire : “Il a apporté cette ambition, ce refus de la défaite, cette envie d’aller toujours plus loin. Il refuse de se contenter d’une septième place, conforme au budget. Depuis son arrivée, le crédo de Rennes, c’est : “Tout donner.” Il y a un nombre important de matchs où nous sommes menés, et où nous parvenons finalement à revenir au score. Avant son arrivée, on sentait une équipe de Rennes qui laissait filer des matchs quand ça ne tournait pas rond. Il a changé l’organisation complète en professionnalisant tous les services. Jusqu’ici, le Stade Rennais était un club pro, avec un fonctionnement un peu amateur. Dans beaucoup de clubs, dont le nôtre, c’était avant tout une histoire de copinage et de non-perfectionnisme. Olivier Letang a travaillé sur ça et chaque salarié s’est retrouvé dans ses derniers retranchements. À l’arrivée, toutes les composantes du club tirent dans le même sens, et ça rejaillit sur le groupe pro, qui n’a plus à se soucier de plein de détails qui freinaient sa progression.

Une analyse qu’on peut parfaitement transposer au TFC, critiqué pour sa direction composée de “copains”, incapable de faire passer un cap au club et dont la communication est inexistante. Olivier Sadran et Jean-François Soucasse ne donnent quasiment jamais aucune interview. “Létang, lui, a été critiqué à Rennes par son omniprésence. Ses sorties dans les médias, un peu à la Aulas, froissent beaucoup. Il est très protecteur du groupe, du club, et ça peut irriter. Mais aujourd’hui, il a des résultats, et les attaques contre lui sont de plus en plus rares” observe Fabrice Pinel.

Ambitions VS maintien

Si l’objectif prioritaire du TFC reste le maintien, Rennes, de son côté, regarde vers le haut et disputera pour la seconde année consécutive, la saison prochaine, la Ligue Europa. Olivier Létang s’en réjouit : “Je suis venu ici pour bâtir un projet, pas simplement un coup sur une année. Il faut que le club continue sa mue pour se préparer à jouer les compétitions européennes de façon régulière.” Et tant pis si, de temps en temps, Rennes venait à échouer, comme nous l’indique notre supporter breton, Fabrice Pinel : “Ça reste du foot, il y a la loi du sport. On a beau mettre en place des choses, parfois ça ne marche pas. Au Stade Rennais, tout est fait pour que ça fonctionne, et il y a des résultats, donc c’est une belle récompense. Il n’aura fallu que 18 mois à la nouvelle direction pour obtenir un titre, là où différentes directions successives ont mis 48 ans sans y parvenir. J’ai l’impression que tant que Létang sera là, Rennes gênera des équipes jugées au-dessus sur le papier.

Soucasse n’y a pas cru

En 2017, lors d’une réunion groupe de supporters - direction, les Indians font remarquer à Jean-François Soucasse le discours d’Olivier Létang, fraîchement nommé à Rennes, qui a clairement affiché ses ambitions. “C’est de la démagogie, on verra où ils en seront dans 2 ou 3 ans. Nous, on est dans l’action, pas dans le discours” avait alors répondu le directeur général du TFC. Son homologue rennais a d’ores et déjà remporté ce duel, aussi parce qu’il peut s’appuyer sur un président solide.

Duel de fortunés

Olivier Sadran et François Pinault soutiennent leur club, l’un depuis 2001, l’autre depuis 1998. Et même si le natif des Côtes-d’Armor possède des ressources financières bien plus imposantes, il dépense ses euros de manière raisonnée comme nous l’explique le directeur du site ROUGE Mémoire : “Il a toujours injecté pas mal d’argent, mais c’est assez invisible. C’est surtout dans les infrastructures, dans la masse salariale, pour boucher les trous pour que les comptes soient stables, mais peu sur le marché des transferts. Depuis qu’on a gagné cette Coupe de France, il a annoncé sa volonté de monter plus haut encore Rennes et on peut imaginer qu’il va injecter encore un peu plus d’argent.

Il y a 10 ans, la différence de budget entre le Tèf et Rennes était de quelques millions d’euros (35 pour Toulouse, 42 pour Rennes). Aujourd’hui, l’écart s’est aggravé (toujours 35 pour Toulouse, 68 pour Rennes). En analysant les comptes financiers et les transferts, on s'aperçoit que les deux formations vendent régulièrement leurs meilleurs joueurs chaque année. Mais grâce à des revenus télévisuels plus élevés, le club Rouge et Noir se permet quelques folies comme les recrutements d’Ismaïla Sarr pour 17 millions d’euros et d’Hatem Ben Arfa, qui touche un salaire brut mensuel de 400 000 euros, soit quasiment deux fois plus que Max-Alain Gradel.




Avec un stade plus petit et une ville bien moins importante, Rennes obtient de meilleurs résultats que le Tèf, touche un plus gros pactole de revenus “sponsoring” et “billetterie” et peut donc se permettre de proposer de bien meilleurs salaires pour attirer des joueurs d’une qualité supérieure (Ben Arfa, Grenier).

Depuis que Létang a quitté le PSG, c’est la débandade” nous glisse un observateur. Depuis que Létang est arrivé à Rennes, les supporters armoricains ont eu le plaisir de visiter Séville, l’Emirates et le Stade de France. Quand Toulouse espère ne pas se déplacer à Grenoble, Orléans et Clermont.

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