La Lettre du Violet : "Voir un supporter du TFC pleurer"

Publié le 02 April 2021 à 23:30 par Brian

La rédaction du site LesViolets.Com souhaite absolument vous donner la parole. Au quotidien, nous vous proposons de publier VOS articles en Une du site dans notre rubrique "La Lettre du Violet". Voici une nouvelle lettre, signée Brian :

Le poète chantait : « Bien sûr, il y a les guerres d’Irlande (…) mais voir un ami pleurer » (1)
C’était il y a un an et quelques semaines d’hiver. Par un soir glacial de janvier, au Stadium. Nous recevions Brest pour le match de la dernière chance, ou presque. Comme un air de déjà vu, une mauvaise rengaine refoulée, on se disait avant le coup d'envoi : si on perd ce soir, c'est fini pour la Ligue 1. Mais ça allait marcher, pas de doute. Enfin, on y croyait.

Pourtant, au bout de sept minutes, on prenait un but qui jetait la consternation dans les gradins. Puis Diakité nous redonnait l’espoir par deux coups de tête superbes. Zanko, porté dans des bras vigoureux, célébrait le but qui allait marquer le début d’une nouvelle remontada. Ce serait l’image de la soirée. On parlerait du déclic, du TFC à nouveau sur les rails de la confiance. À la mi-temps, dans les travées du Stadium, les conversations étaient animées, un vent d’optimisme soufflait malgré la température glaciale. On allait y arriver, c’était clair. Puis la deuxième mi-temps débute, le froid nous saisit davantage, le malaise s’installe, on recule, on prend peur et l’incroyable se produit. Brest marque 4 buts en 13 minutes. Des buts superbes. Notre TFC est perdu. Le calvaire s’achève, 5 à 2. Un séisme. J’ai rarement vu une ambiance pareille au coup de sifflet final. Des supporters sidérés, incrédules, hébétés, regardant la Ligue 1 s’éloigner définitivement. Une équipe paumée, la moquerie, la cruauté des commentaires que vont nous déverser les radios et les journaux comme chaque week-end. On va encore s’en prendre plein la gueule sur les réseaux sociaux et les journalistes sportifs ne se priveront pas de tirer sur l’ambulance violette.

L’âme en peine, je me suis levé de mon siège gris et je me suis dirigé vers la sortie. Un regard ultime vers les stadiers, les derniers joueurs qui quittaient le terrain, la joie des Brestois et la tristesse insondable des Toulousains. Adieu mon TFC en L1. En descendant les escaliers vers la sortie, j’ai pensé, on est violet, ça ne se discute pas, mais pourquoi on souffre ainsi ? La vie continue, il y a des choses bien plus graves que le foot, ne soyons pas ridicules.

À l’entrée des toilettes, je suis tombé sur une femme toute parée de violet, l’air hagard, les yeux bouffis. J’ai eu envie de lui parler. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Pourquoi on s’inflige cette souffrance tous les samedis ? J’ai peur pour lui m’a-t-elle dit, il a le coeur fragile. À ce moment, son homme est sorti des toilettes, un moustachu, rougeaud, un peu trop lourd, la cinquantaine fatiguée. Ses yeux étaient pleins de larmes. J’ai voulu les consoler lui et sa femme. Elle m’a dit que c’était injuste. J’ai dit : "ne soyez pas tristes, on va s’en sortir, on repartira l’année prochaine, on s’en remettra. Séchez vos yeux sinon je vais pleurer aussi. Et n’ayez pas honte d’être malheureux."

Oui, mon cœur était serré de voir ce moustachu au visage défait, cet homme mûr à l’écharpe violette pleurer dans un recoin des toilettes du Stadium.
C’était il y a un peu plus d’un an. C’était juste avant les masques, les stades vides, la tragédie du Covid, et la nouvelle normalité. Oui, je sais bien, il y a des choses beaucoup plus graves qu’une descente en Ligue 2, plus grave qu’un chagrin de supporter des violets, il faut relativiser. C’est excessif de se mettre dans des états pareils pour du foot. Mais…voir un supporter du TFC pleurer…

Mesurons le chemin parcouru depuis cette triste soirée de janvier 2020. Aujourd’hui, notre équipe est en pleine reconquête. Les quolibets sur le « boring » TFC, cette équipe ennuyeuse qui soi-disant n’avait pas sa place en Ligue 1 sont oubliés. Toutes les méchancetés gratuites écrites sur notre club sont aux oubliettes. La route est longue et le chemin vers la Ligue 1 est semé d’embûches. Mais toi supporter moustachu dont je ne connais même pas le nom, toi si triste en cette nuit de janvier avec ta femme qui s’inquiétait pour son homme, tous deux fidèles entre les fidèles, modestes servants de notre confrérie violette, tu ne pleureras plus, tu pourras bientôt revenir dans ton Stadium, tu seras consolé et tu oublieras ton chagrin de ce soir d’hiver de 2020.
La route est encore longue, mais toi, nouveau TFC, tu nous remplis de fierté. Et nous serons toujours violets.
Brian Alaney

(1) Jacques Brel, « Voir un ami pleurer », disque «Les Marquises », 1977

Vous pouvez nous envoyer votre lettre en utilisant notre email : alleztfccom@gmail.com

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