La Lettre du Violet : "Secouez-moi ce paillasson !"

Publié le 06 décembre 2019 à 18:25 par Rémi Bourrières

La rédaction du site LesViolets.Com souhaite absolument vous donner la parole. Au quotidien, nous vous proposons de publier VOS articles en Une du site : "La Lettre du Violet" est le nom de cette rubrique. Voici une nouvelle lettre, signée Rémi Bourrières :

La défaite de Toulouse face à Monaco, ce mercredi, a été pour moi celle de trop. Emporté par ma rage et ma frustration, également par mon amour intact pour un club que je ne veux pas voir mourir, j'ai pris ma plume et j'ai écrit aux fourvoyeurs du TFC.

J'ai été un téléspectateur attentif, mais désabusé de la 6ème défaite consécutive du Tèf face à Monaco, mercredi soir, au Stadium. J'emploie sciemment le mot "téléspectateur" au lieu de "supporter". Non par provocation, non par trahison envers les miens. Ce club, je l'aime et je serais toujours derrière lui. Quand on est Toulousain et assez con pour préférer le foot au rugby, ce qui est mon cas, en général, c'est à la vie, à la mort. Mieux vaut donc l'assumer.

Non, j'ai dit "téléspectateur ", car je crois que comme un certain nombre - pour ne pas dire la totalité - des Téfécistes, j'ai franchi cette semaine un cap dans l'acceptation du triste sort de mon club. Je ne suis plus dans la révolte, mais dans la fatalité. Je contemple notre déchéance avec la queue basse du lapin pris dans les phares d'une voiture. Je sais trop bien, comme vous tous, comment cela va finir, si rien ne bouge : directos chez Domino's (orientale avec supplément œuf et une pâte pas trop cuite pour moi, svp).

Voilà des semaines que l'on prévient Sadran, Soucasse et tout l'état-major, avec en réponse un silence à la hauteur de notre courroux. Antoine Kombouaré n'est pas du tout l'homme qu'il fallait pour redresser le TFC, pas plus que ne l'était Alain Casanova avant lui. Pour Casa aussi, les supporters avaient prévenu et ils avaient raison. Pour Kombouaré, l'avertissement avait été lancé avant même sa prise de fonction, comme si l'on avait tous eu le même funeste pressentiment. Donc que l'on ne vienne pas me taxer ici de versatilité.

Je reconnais d'ailleurs que pour Kombouaré, arriver dans ce climat de défiance, ça n'était pas simple. Ma chronique ne se veut d'ailleurs pas du tout agressive envers lui, dont je respecte la carrière de joueur – j'ai toujours eu une tendresse particulière pour les défenseurs bourrins aux pieds carrés -, dont je ne veux pas railler la carrière d'entraîneur – Guingamp, Dijon, le Tef', on ne lui a pas donné que des Ferrari à piloter, aussi – et qui a sincèrement l'air d'être un mec sympa. Je suis d'ailleurs persuadé que je prendrais beaucoup de plaisir à partager un bon Pastaga chez Tonton avec lui, même si je serais peut-être un peu frustré de ne pas tellement pouvoir causer foot, puisqu'il dit qu'il ne suit pas vraiment la Ligue 1 quand il est au chômage. Ouais, ça, par contre, cette "décla" avant son premier match avec Toulouse, c'était un peu maladroit. Mais bon… À part ça, vraiment rien contre Antoine. Le concernant, je pense qu'il faut séparer l'homme de l'art… pardon, de l'entraîneur. Et soyons clair : à sa place, je ne ferais sûrement pas mieux (pas pire non plus, remarquez).

Nan, mais faire venir Kombouaré, et ça il n'y est vraiment pour rien, c'était couru d'avance que c'était une mauvaise idée. À une autre époque, peut-être que cela aurait marché. Mais là, le Kanak est arrivé à une période où le TFC a un besoin crucial de se renouveler complètement, de faire sa révolution, de secouer le mammouth, de donner un grand coup de pied dans ce putain de paillasson de la Ligue 1 qu'il est devenu. Bref, de sortir un peu de l'entre-soi, du sérail habituel, du petit monde des entraîneurs classiques de Ligue 1 (les Guy Lacombe, René Girard, bref vous voyez quoi…)

Il y a du potentiel au TFC. Plus qu'on ne le croit. De la ferveur aussi. Plus qu'on ne le croit. La fronde actuelle des supporters le montre. Mais le club s'est enfermé dans une sorte de spirale infernale qui semble le tirer inexorablement vers les ténèbres, comme pris dans le tourbillon d'un fond de baignoire. Pourtant, l'effectif de cette saison ne me semble pas avoir grand-chose à envier à ceux des précédentes (bon, si on enlève Rogel et si on nous reprend le frère jumeau de Gradel, quand même). Mais tout le monde dort, tout le monde est à la rue physiquement, tout le monde a peur… C'est comme si l'on avait tellement pris l'habitude que ça "passe quand même", depuis toutes ces années, que maintenant qu'on est vraiment au bord du précipice, on n'est pas du tout préparé psychologiquement à réagir. On a le vertige. On n'a pas les couilles. Cette fois, c'est sûr : ça ne passera pas.

Alors, s'il en est encore temps, réagissons. Changeons, mais changeons vraiment, dans le fond, pas pour la forme. Tentons-le, au moins. Entendons-nous bien : aussi longtemps que Kombouaré restera à la tête de l'équipe, je continuerai d'encourager le TFC, quitte à passer pour un con avec ces lignes (tant pis). Mais je suis prêt à parier n'importe quoi que ça ne marchera pas si l'on ne change pas.

Aujourd'hui, ce qu'il faut au TFC, c'est un entraîneur qui sera capable de rompre totalement les habitudes et la monotonie installée. Un homme (ou une femme, pourquoi pas Corinne Diacre… non ?) qui révolutionnera les méthodes de travail, les discours plan-plan aux poncifs sans fin, qui aura un vrai plan pour l'avenir et qui reparlera aussi un peu de jeu, de collectif, de technique, de redoublement de passe, de "'une-deux" (ouh là, je m'enflamme), pas seulement de tampon et de tacles glissés. Ah oui, et également un homme habité par son sport, par son métier, qui regarde des matches de foot dans son temps libre sans le facturer en heures supplémentaires. Un homme qui sorte un peu du moule habituel. Un homme dont on ne connaît même pas le nom, d'ailleurs (j'ai quand même pensé à Luka Elsner, l'entraîneur d'Amiens, en lisant son portrait dans So Foot). Bref, un homme qui saura nous surprendre. Et secouer enfin ce putain de paillasson !

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