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Comolli : "Cela fait une semaine et c'est toujours aussi douloureux"
Grand entretien : Elie Baup et Philippe Bergeroo, ultras violets

Peu présents dans les médias ces derniers temps, leur parole est rare. En exclusivité pour LesViolets.Com, Elie Baup et Philippe Bergeroo retracent le parcours du TFC version Redbird dans un entretien fleuve...

C'est du côté de Saint-Gaudens qu'il aura fallu aller pour les débusquer de leur tanière. Peu présents dans les médias ces derniers temps, leur parole est rare. En exclusivité pour LesViolets.Com, Elie Baup et Philippe Bergeroo retracent le parcours du TFC version Redbird dans un entretien fleuve. Sans langue de bois, ils n'éludent aucun sujet et amènent des pistes de réflexion sérieuses pour ce club qu'ils n'ont jamais cessé d'aimer profondément. Rencontre.

Toulouse ne montera donc pas cette saison. Messieurs, question simple, quelles en sont selon vous les principales causes ?

Philippe Bergeroo : Il y a plusieurs causes. J'ai été voir les deux premiers matches du TFC, à Saint-Gaudens contre Pau, et j'ai été voir le premier match de la saison contre Dunkerque au Stadium. Quand j'ai vu ce TFC/Pau, je me suis dit « c'est pas possible, ils vont jouer le maintien », car ils jouaient avec les jeunes, et les joueurs de l'an dernier n'étaient pas encore vendus. Donc avant de trouver une solution avec les jeunes, il fallait vendre les autres, et ils ont perdu trois semaines dans le recrutement. A partir de là, il y a eu du retard à l'allumage et des premiers matches où ils ont perdu pas mal de points. Après, c'est mon club de cœur, mais je m'aperçois que penalty ou pas penalty... Dans tous les cas, ils ont perdu à domicile le match aller (il soupire).

Elie Baup : Déjà, on est désolés. C'est triste que la quatrième ville de France ne soit pas en première division, où Toulouse a sa place. Dans l'histoire de la Ligue 1, il y a une soixantaine de saisons où le TFC a participé à la Ligue 1. Quand tu compares avec une équipe comme Clermont, même si c'est tant mieux pour eux, mais dans le paysage du foot français, on attend du TFC , qui plus est avec un tel budget en Ligue 2, qu'il remonte rapidement. Aujourd'hui, moi je considère qu'ils auraient dû monter directement, sans espérer les barrages dont on sait qu'ils sont très difficiles. A la place de Troyes ou de Clermont, Toulouse devait être dans les premiers. A moment donné, ils ont atteint un rythme de croisière à la deuxième place. Là où ça a « merdé », c'est qu'ils ont lâché des points contre des équipes plus faibles. Contre Rodez, Chambly, Niort, Dunkerque, Valenciennes... Ils se sont retrouvés dans une situation où le couperet était au-dessus de leurs têtes, et je considère que cette équipe n'a pas été prête à ce genre de situation. J'en veux pour preuve le match de Coupe de France, le match contre Pau, et ceux contre Nantes.

Est-ce alors un simple problème de mental ?

E.B. : Oui. La preuve, en Coupe de France, quand tu es en quart de finale de Coupe de France, il ne faut pas déconner, la demi-finale te tend les bras. Dans ta carrière, l'air de rien, ça ne se présente pas souvent d'aller en demi-finale. C'est tellement compliqué d'arriver là, et eux, ils l'ont banalisé. Après, tu te mets dans des situations où tu es dos au mur. Contre Pau, tu n'as pas d'autre choix que de gagner, et on sait comment ça a fini...

Au total, Elie Baup aura passé 90 matches en tant qu'entraîneur numéro 1 du TFC de 2006 à 2008.

Quelle part de responsabilité Patrice Garande dans tout cela ?

P.B. : Pour moi, je trouve qu'il a géré la situation avec ce qu'on lui a donné, et à partir de là, il s'est trouvé en difficulté. Comme disait Elie, les matches charnières, il fallait les gagner... Nous, on espérait que Toulouse remonte.

E.B. : (Il coupe) Personne ne pourra m'enlever de la tête que le TFC était cette année le meilleur effectif de Ligue 2. Le potentiel offensif, il y a peu d'équipes qui ont ça dans ce championnat par exemple. La plupart des joueurs sont sollicités pour partir comme Machado, Adli, Antiste et compagnie. De manière globale, et là où je rejoins Philippe, c'est que le départ a été laborieux. Si tu démarres mal, t'es toujours à la traîne. Après, pour répondre à ta question sur Garande, nous deux, on a été entraîneur, on ne va pas se permettre de critiquer ouvertement l'entraîneur. Après, aujourd'hui, l'entraîneur doit être entouré de beaucoup de compétences. La preuve, Fabien (Barthez, ndlr), il est venu, dernièrement il est même régulièrement avec eux. Sur les derniers mois, il y a une préparatrice mentale qui aidait l'équipe, qui n'était pas là depuis le début. Il y a aussi l'aspect diététique et médical à prendre en compte, et l'entraîneur, il est tributaire de tous ces paramètres. Aujourd'hui, pour monter et bien figurer en Ligue 1, il faut avoir une structure générale de performance. Et ça, ça s'est fait sur la fin, et il y a encore du travail à faire. Il faut professionnaliser plus que ça.

 "Je sais même que Garande disait : « C'est pas possible je ne peux pas les faire s'entraîner sur ces terrains »"

C'est-à-dire ?

E.B. : Et bien, il y a eu une période où les joueurs venaient s'entraîner, puis ils rentraient immédiatement chez eux. Aujourd'hui, dans tous les grands clubs, tu manges ensemble, tu fais des soins ensemble, etc. En faisant ça, tu professionnalises ton club.

En évoquant ce point, les équipements semblent être d'un autre temps. Est-ce un problème qui a pu avoir son importance cette saison ?

P.B. : J'allais en parler. Ils ont été obligés de tout reprendre. Que ce soit, les douches, le stade, les terrains d'entraînement, ce sont les mêmes que j'avais il y a 30 ans.

E.B. : Quand tu rentres, à droite tu as la lessiveuse de Jacqui et Monique, le vestiaire, il est aussi exigu, et la douche il faut attendre que tes copains sortent pour y aller. Ce genre de structures d'entraînement, tu ne vois plus ça nulle part aujourd'hui. Pareil, il faudrait qu'ils aient une salle de muscu conséquente, où tu peux faire tes étirements avec du calme. Quand tu fais des étirements, tu es au milieu des mecs qui se font soigner par les kinés. Tu as les intendants qui passent, etc. Attention, ce n'est pas de leur faute, mais l'espace est tellement petit qu'ils sont tous les uns sur les autres. Si tu vas dans un grand club, tu ne vois pas ça. Dans certains clubs où j'étais, il y avait une piscine, même parfois des rings de boxe. Je ne dis pas de pousser à cet extrême (rires), mais pour travailler, c'est autre chose, mais tout ça, ils le savent. On parle de professionnalisme, mais au-delà de monter, il faut structurer le club.

P.B. : Je suis d'accord avec ce que dit Elie, parce que concernant des structures, les nouveaux dirigeants sont tombés des nues. Je sais même que Garande disait : « C'est pas possible je ne peux pas les faire s'entraîner sur ces terrains »... Ceux qui sont passés avant, sans porter de jugement sur eux, ils ont laissé un bilan sur le plan financier correct, mais sur le plan sportif et des infrastructures, c'était une catastrophe.

Les nouvelles méthodes de recrutement par data, elles ont globalement porté leurs fruits, car d’illustres inconnus se sont avérés être de bons joueurs, capables de s'adapter à la Ligue 2. Pensez-vous que ce système est viable, ou est-ce que vous regrettez que le TFC ne soit qu'une vitrine pour des joueurs qui seront tôt ou tard revendus plus chers ?

E.B. : Je lis des choses tous les jours ou presque sur ces nouvelles méthodes, notamment encore dernièrement un sujet sur Brentford qui avait réussi à récolter plus de 150 millions avec les reventes grâce aux datas. Gauthier Ganaye de Nancy, ne jure que par ça. Le problème, c'est que lorsque tu dis ça à des dirigeants français, à des entraîneurs français, on te prend pour un fou et c'est la chasse aux sorcières. Sans rentrer dans le débat, on en arrive même à dire qu'il faut supprimer les centres de formations comme à Nîmes, car ça coûte trop cher... Moi, je dis que les datas, c'est un outil de qualité, mais rien ne remplacera l'observation humaine. C'est le danger. Moi je suis à fond pour utiliser ces nouvelles sources d'informations à base d’algorithmes, d'expected goals et tout ça. Le problème, c'est que ces calculs ne prennent pas en compte la globalité du jeu. Pour les défenseurs, on te dit que les datas ça ne fonctionnent pas trop bien, pourquoi ? Parce qu'un défenseur, l'anticipation, la gestion de la profondeur, le placement sur le terrain, ça n'est pas pris en compte par les datas. C'est vachement important de savoir si le mec te commande, te fait monter le bloc équipe, etc. Qui va observer ça, et bien des scouts comme Jérôme Fougeron, des gars qui ont l’œil depuis qu'ils font ce métier.

P.B. : Ravi qu'Elie ait répondu, car moi je n'y connais à vrai dire pas grand chose. Mais c'est vrai qu'on a un ami commun, Jérôme Fougeron, et il est parti parce qu'il n'avait pas la main là-dessus.

E.B. : (Il coupe) Un gardien, c'est le poste de Philippe, je le connais aussi un peu. Dans les datas, on tient compte de son jeu au pied, alors ça c'est la grande mode avec : « Est-ce qu'il est capable de faire une passe à 20 mètres, 30 mètres ou 40 mètres ? ». Pourquoi pas, puisque maintenant le gardien doit être le onzième joueur de champ, mais tout ça ce sont des chiffres. A moment donné, la différence, c'est la personnalité du mec. Quelle incidence il a sur sa défense ? Quelle incidence il a sur le jeu ou dans le vestiaire ? Ça se joue à des détails comme ça.

P.B. : Il faut savoir aussi si, sur un ballon, il est capable de faire une inversion de main, de regarder la position de ses pieds sur un corner. Ce n'est que l’œil qui peut te le donner, ça.

Vous voulez dire que l'aspect humain est d'autant plus important avec les gardiens ?

E.B. : Bien sûr. Si tu fais une faute de main, comment tu réagis derrière ? Personne ne te le dira. Moi je le sais, j'en ai eu des gardiens, je me disais : « Put**n, mais c'est vraiment des monstres les mecs ». Il faisait une boulette que même moi je ne faisais pas, mais derrière, mentalement il devenait un monstre. Inversement, d'autres s'écroulaient et ils étaient cuits. La data ne te le dira jamais tout ça.

P.B. : A une époque aussi, quand j'allais voir les matches, je regardais l'échauffement des gardiens, et je disais : « Lui, il va faire un bon match », « Lui, il va passer à travers ». J'avais fait ça une fois avec le gardien de Nantes qui était au centre technique, David Marraud. Une fois, je le vois rigoler à l'échauffement, et je savais qu'il allait passer au travers, et ça n'a pas loupé. C'est ce genre de petits détails qui comptent.

Justement, un mot sur Maxime Dupé, qui occupe un poste que vous connaissez bien. On a l'impression que ce garçon ne ferait pas tâche en Ligue 1. Est-ce aussi votre sentiment ?

P.B. : Je ne le connaissais pas du tout, je ne le connaissais que de nom. Je l'ai vu jouer à Saint-Gau, et il m'a fait une très très bonne impression. Après, mentalement, je ne sais pas comment il est. Mais sur ses autres qualités, il est impressionnant. Il a un très bon jeu au pied, et il a, je pense, le niveau Ligue 1. De toute façon, quand tu es gardien, si tu n'es pas guerrier, et je pense qu'il est, et bien tu es mort.

E.B. : Il y a une différence terrible entre son match aller contre Nantes et son match retour. C'est un gardien qui n'a jamais été en Ligue 1. Il a toute la panoplie complète. Il a le jeu au pied, la technique, etc... Tout chez lui réside dans la confiance. C'est un gardien qui doit travailler cette notion, et aussi la notion d'être haut par rapport à sa ligne de but. Dans le match retour, il est en confiance, il est plus haut sur le terrain, et même s'il a des interventions lointaines assez rares, il est capable de les faire. Mais tout ça, ça réside dans quoi ? Philippe parle de guerrier, moi je parle d'une estime de soi qu'il faut avoir dans son potentiel. Pour ça, il y a peut-être un travail qui n'a pas été assez fait à un moment de sa carrière, et qu'il est en train de faire, et donc tu ne peux pas te transformer du jour au lendemain. Des gardiens qui pouvaient jouer en Ligue 1, dans les derniers clubs où j'étais, il y en a plein. Regarde par exemple Brice Samba. C'est un gars qui a un potentiel de dingue. A l'arrêt, en poussant avec ses jambes, il part du milieu du but et il va toucher les poteaux. En hauteur, il passe la tête au-dessus de la barre en sautant, mais dès qu'il y a le match, c'est plus compliqué. Pour en revenir à Dupé, on ne se pose pas de questions sur son potentiel, mais il faut l'accompagner. Ce n'est pas facile d'avoir le mental de Fabien Barthez (rires).

"Tous les mercredis après-midis, Barthez faisait un gagne-terrain avec un ballon de rugby"

Etant donné que vous parlez de Fabien Barthez, on a le sentiment que son arrivée au TFC a presque été la meilleure nouvelle de l'année.

P.B. : Lui, c'était un phénomène. Quand j'étais avec les Bleus pour la Coupe du monde 1998 et qu'il a fallu choisir entre lui et Bernard Lama, Fabien est venu me voir pour me dire « Philippe, il faut que je sois en confiance, et que tu me dises si c'est moi qui vais jouer ». Je n'ai jamais vu dans ma carrière, un type qui avait un volume de travail aussi important que le sien. Il bossait, il bossait, il bossait. Tu lui faisais vingt frappes, il ramassait les ballons et il te disait : « Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » et ça des heures durant. Et puis il t’engueulait parce que tu ne frappais jamais assez fort...

E.B. : Il y a quelques jours, Fabien a demandé à un gardien du club dont tout le monde pense qu'il sera un futur pro de faire une roulade. Et le jeune lui a dit qu'il ne savait pas faire ça. C'est des détails, mais Fabien, il était fou. C'est un détail de motricité générale, mais qui signifie quelque chose quand même. Hier, Fabien me disait qu'il leur a demandé à quand remontait la dernière fois où ils avaient vomi après l'entraînement. Les mecs lui ont dit que ça n'était jamais arrivé. Et Fabien leur a expliqué que ça lui arrivait presque toutes les semaines quand il était jeune, tu vois. Ce sont des détails qui rejoignent ce dont on parlait tout à l'heure avec le professionnalisme, mais c'est pile ça dont le TFC a besoin.

P.B. : Pour revenir sur la coordination et sur ce que disait Élie, moi, j'étais un joueur de rugby, et mon père était joueur de rugby à la Section paloise. J'allais jouer un match de rugby, et je passe à côté d'un stade où se disputait un match de football et chaque quartier de Saint-Jean-de-Luz devait former une équipe, et la ville avait mis un trophée en jeu. J'arrive avec ma mobylette pour aller au rugby, et là, le gardien se blesse. Un copain me dit de venir jouer avec eux, je rentre, et je fais un bon match alors que je découvrais ce poste. Mais avant, j'ai fait du judo, de la pelote basque, du rugby et de l'athlétisme, c'est-à-dire que j'étais coordonné.

E.B. : Pour rejoindre ça, j'étais responsable des jeunes au TFC, des cadets nationaux, et en même temps de l'entraînement et du recrutement des gardiens. C'est moi qui suis allé chercher Fabien. J'étais à Lavelanet aux sélections minimes de Midi-Pyrénées. Et un mec me parle de Fabien, en me disant, il est là-bas. Je vois un petit gosse qui gueulait (rires). Je regarde l'entraînement, puis j'observe qu'il s'en va avec quelques-uns taper contre un mur avec une balle de tennis et faire des jeux avec les mains (il mime). Il avait une telle aisance dans cet exercice, une telle faculté à enchaîner main droite, main gauche, c'était fou. Puis tu lui donnais une raquette de tennis, c'était un monstre. Son père me disait : « Il faut qu'il fasse du rugby, tu verrais les passes qu'il fait... ».

Fabien Barthez a porté le maillot du TFC pendant 2 ans, entre 1990 et 1992.

Comment as-tu su tirer le meilleur de lui-même ?

E.B. : Moi, j'ai été formateur. J'ai été un jour à la DTN, et ils m'ont rigolé au nez. Raymond Domenech et Jean-François Jodar se foutaient de moi parce que j'étais un paysan, un mec qui venait de Larroque, etc. Les mecs se demandaient comment Barthez avait ce dégagement en drop si précis et voulait savoir comment on travaillait. Je leur ai expliqué que tous les mercredis après-midi, pendant que les autres du centre avec Delmas allaient au cinéma, moi je gardais les gardiens, et avec les joueurs de rugby du CREPS, on faisait un gagne-terrain avec un ballon de rugby. Les mecs ont halluciné. On tapait des drops, des frappes dans une zone précise, etc. Quand tu arrivais à capter le ballon, tu faisais cinq pas en avant et tu dégageais le plus loin possible, mais en cherchant un espace précis. Forcément, quand tu passes avec un ballon de foot, c'était de la rigolade pour Fabien.

Après, je l'amenais sur un trampoline. Je lui envoyais un ballon, et il devait le capter de telle ou telle manière en sautant, et en adaptant sa poussée. Enfin, dernier truc, j'allais avec les gardiens au CREPS, qui avait de meilleures installations qu'au TFC, et on pouvait se servir de tout. Certains avaient un tempérament un peu peureux. J'ai demandé à un prof de lutte de nous filer des tuyaux. On s'est retrouvé avec les gardiens du TFC à faire de la lutte en un contre un. Je peux te dire que tous les mecs qui sont passés ensuite, ils sont ressortis bonifiés de ça.

Revenons en au TFC 2021. Ne craignez-vous pas que l'échec de la montée ne fasse fuir les investisseurs américains du TFC ?

P.B. : Si l'argent ne rentre pas, les Américains vont fatalement partir en laissant le club à l'abandon. Qu'on regarde un peu Le Havre où ce genre de clubs, qui sont en très grosse difficulté. J'ai vu l'interview du président Comolli dans la Dépêche, il dit qu'il n'est pas inquiet, mais quand vous dites ça, c'est que vous l'êtes forcément un peu. C'est un coup terrible qui est arrivé au TFC de ne pas monter cette année, et peut-être qu'ils vont le payer très cher, même si, je le répète, on ne leur souhaite absolument pas.

Est-ce que le TFC ne perd pas sa saison sur le mercato hivernal raté, et notamment sur le fait de ne pas avoir trouvé de remplaçant à Machado ?

E.B. : Dans une équipe comme le TFC, tu me parles de Machado. Le mec, il a 27 ans, on dit que c'est un bon joueur et qu'il peut jouer en Ligue 1, mais des mecs qui encaissent 38 matches, plus la Coupe d'Europe et les matches internationaux, ça existe ! Comment ils font les Pogba, les Griezmann et tous ceux-là ? Attends, quand tu es au TFC, que tu as 38 matches et la Coupe de France, ne me dit pas qu'un mec de 27 ans ne peut pas les supporter. C’est une fausse excuse. A moment donné, c'est sûr qu'il aura des hauts et des bas, mais en Ligue 2, tu ne peux pas avoir des effectifs ultra étoffés comme quand tu joues la Ligue des Champions par exemple. Je le sais, je l'ai vécu tout ça dans des clubs. Quand tu es en Ligue des Champions avec des grosses machines, tu te poses des questions tous les jours. Mais quand tu es simplement là pour jouer le championnat, avec 22 mecs dont 16 très costauds et 6 ou 7 jeunes, tu fais la saison.

"Batlles ? S'il est intelligent, il doit encore faire une étape ailleurs"

Qu'aurait-il alors fallu faire ?

E.B. : Il faut changer de système tactique en cours de match, et savoir s'adapter. Mais pour cela, il faut l'avoir préparé en amont. Stratégiquement, il faut aussi élargir la panoplie collective, parce qu'après, on en revient toujours aux mêmes choses comme : « L'entraîneur n'est pas bon, les joueurs ne sont pas bons »... Non, ce sont des faux débats. Je le disais tout à l'heure, il faut une réflexion sur la performance avec des gens compétents autour d'une équipe, mais il faut aussi avoir plusieurs solutions tactiques. Au départ, moi-même je n'étais pas trop pour non plus, mais en observant les coachs qui réussissent, tu t'aperçois qu'ils ont tous des coups d'avance dans les matches.

Philippe Bergeroo et Diego Maradona lors de Naples-TFC en 1986.

Qu'est-ce qui a pêché selon vous sur ce barrage aller-retour ? On a la sensation que l'inexpérience du TFC et sa jeunesse lui ont fait grandement défaut.

P.B. : Le mental, fatalement.

E.B : (Il coupe) C'est la force des faibles de s'appuyer sur une décision arbitrale.

P.B. : Quand tu vois le contenu du premier match à Toulouse, tout le monde dit, même le coach : « On est passés au travers ». Surtout, le problème, c'est que tu n'as pas un seul mec dans cette équipe-là qui a remonté les bretelles à tous les autres. Il manque des leaders à mon sens.

E.B : Après, il y a une stratégie de jeu qui était en place au second match que l'on n'a pas vu lors du premier. Par exemple, rien que la position d'Adli. Adli, meilleur joueur au match retour. Au match aller, insignifiant. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? On lui a demandé d'aller plus en soutien et d'aller dans le dos des milieux défensifs. Nantes était positionné en 4-4-2. Quand ils ont joué le match aller, les Nantais bloquaient tout le jeu. Là, Adli s'est retrouvé dans le dos de Louza et Chrivella, ce a quoi tu ajoutes le travail des deux attaquants et l'apport des pistons. Déjà, rien que là, dans la notion d'espaces et de jeu entre les lignes, il y avait nettement plus de possibilité de développer le jeu du TFC.

Laurent Batlles est-il une bonne idée pour le TFC ?

E.B. : Aujourd'hui, Batlles est sur un marché où il n'y a pas que le TFC qui lorgne sur lui. C'est très dur de revenir dans un club où tu es chez toi, c'est vraiment très dur. S'il est intelligent, pour moi, il doit faire encore une étape ailleurs.

D'après vous, cette saison est-elle un échec ?

E.B. : Ce qu'il faut comprendre au TFC, c'est que c'est une fusée à plusieurs étages. Les mecs qui ont racheté le club, il ne faut pas croire que ce sont des philanthropes. Le premier étage de la fusée, c'est monter en Ligue 1, ce n'est pas fait. Le deuxième étage, c'est de bien se comporter en Ligue 1, et d'être dans les 10, mais surtout de mettre en valeur des joueurs pour pouvoir les revendre. En restant en Ligue 2, tu comprends bien que tu ne peux pas mettre autant en valeur tes joueurs. Donc fatalement, le premier étage de la fusée est un échec oui. Aussi, il va falloir prendre en compte qu'en 2023/2024, la Ligue 1 va passer à 18 clubs. Tout va se compliquer, et il ne faudra pas se rater l'an prochain. Sinon, regarde Auxerre. Ils ont eu un super coach avec Furlan, ils ont tenté tous les coups, avec des investisseurs chinois qui sont venus, et regarde depuis combien de temps ils sont en Ligue 2.

Il y a eu un gros engouement populaire derrière le TFC cette année, j'imagine que ça a du vous faire plaisir.

P.B. : Oui, c'est sûr que c'est très bien de voir que les gens se remettent à supporter à fond le TFC, mais il faut aussi le resituer dans un contexte. Cela faisait bientôt quatre ans qu'on avait droit à des saisons catastrophiques. L'espoir est revenu, mais je crains le pire pour le club. J'espère me tromper, mais quand tu ne remontes pas tout de suite, tout se complique. Ce qui m'a fait plaisir, c'est de voir des Unes de La Dépêche consacrées au TFC. Ce n'est pas anodin, et ça m'a redonné de l'espoir.

E.B. : Dommage que le Stadium n'ait pas pu êt