Corredor : "J'attendais qu'on me laisse une seule petite chance en pro, elle n'est jamais arrivée"

Publié le 05 juin 2021 à 08:00 par JB / Yohan Lemaire

Chez les jeunes, les fins de saison sont particulièrement compliquées puisque le club doit décider de se séparer de plusieurs joueurs. En fin de contrat, Killian Corredor ne s'est pas vu proposer de passer professionnel et va rebondir à Rodez. Avant de partir, l'attaquant de 20 ans a répondu à nos questions.

Comment as-tu vécu cette saison particulière ?
La première partie de saison (jusqu’au confinement d’octobre) se passait bien. J’avais repris la prépa avec la réserve et je pense que sur mes 4 années passées au Tèf, c’était le groupe le plus fort. On fait d’excellents matchs de préparations et on les remporte tous si je ne dis pas de bêtises. Dès la première rencontre, à Nîmes, le coach me nomme capitaine. Je ne m’y attendais pas, mais ça voulait dire qu’il avait confiance en moi. On a gagné nos deux premiers matchs, tout se passait bien. Après, je me blesse en restant deux semaines à l’arrêt. Puis ça a été un peu plus compliqué avec certains pros qui sont descendus…

Puis après plus d’entraînements…
C’est ça. Déjà, on avait eu une coupure d’une semaine – 10 jours à cause de cas de Covid dans l’effectif. Puis après la coupure Covid, arrêt des matchs. En milieu de saison, les coachs avaient prévu des matchs amicaux, donc l’équipe réserve faisait des matchs amicaux mais nous (Killian lui-même, Ilies Soudani et Paul-Alexandre Cachart) on ne pouvait pas participer à ces rencontres-là parce qu’on était sous convention donc sous contrat amateur. On voyait les autres partir en match pendant que nous, on était à la maison. Donc entre octobre et février mars, nous n’avons joué aucun match.

Au printemps, tu as quand même pu t’entraîner quelques fois avec les pros…
Oui, avec 6 ou 7 joueurs de la réserve, on est parti s’entraîner pendant une semaine avec eux. Ce fut la seule fois de la saison.

C’est une petite déception pour toi ?
Clairement oui. Quand j’avais signé la convention la saison dernière, on s’était mis d’accord sur certaines choses. C’est-à-dire, je voulais reprendre avec les pros, mais eux ne me le permettaient pas parce que c’était un nouveau coach et il ne voulait avoir que son groupe donc je l’ai accepté. Mais j’avais espoir d’au moins m’entraîner avec les pros, car avec la réserve, je ne pouvais plus passer de pallier.

Quel est ton bilan d’être resté une année de plus sous contrat amateur ?
Je ne peux pas regretter d’avoir accepté cette proposition. Je n’avais pas de meilleures propositions ailleurs. J’avais un très bon groupe avec la réserve et je suis quand même heureux d’avoir passé cette saison avec eux malgré le Covid. J’ai surtout pris de la confiance. Ça fait 4 ans que je suis ici et que je marque des buts, mais je ne passe plus de pallier. J’ai eu plusieurs réunions avec mon coach et Denis Zanko pour leur expliquer que soit je montais avec les pros afin de progresser soit j'allais arrêter ma progression.

Ils t’ont expliqué pourquoi tu n’as pas réussi à passer ce pallier du groupe pro ?
Ils se sont beaucoup servis du Covid pour m’expliquer que je ne pouvais pas monter avec les pros, qu’il ne fallait pas avoir de contact avec le groupe etc. Après, ils m’ont aussi dit qu’il y avait beaucoup d’attaquants et ça, c’est vrai.

Comment as-tu vécu le fait que tu n’étais pas conservé à la fin de la saison ?
Je m’y attendais puisque lors des rencontres de Coupe de France, certains jeunes ont été convoqués et pas moi. À partir de ce moment-là, j'ai compris que le club ne comptait pas sur moi. Je m’en doutais fortement puisqu’ils avaient déjà misé sur Janis (Antiste) et Stéphane (Zobo). J’étais forcément très déçu. Je n’ai jamais caché que j’étais très bien ici à Toulouse, j’ai beaucoup joué, j’ai passé des moments extraordinaires avec la finale de Gambardella. Pour moi, je méritais d’avoir mon contrat professionnel et je voulais commencer ma carrière en étant le numéro 9 du TFC.

Ton plus beau souvenir au centre de formation ?
C’est clairement l’année de l’épopée en Gambardella. Cette année-là, l'enchaînement des matchs restera mon plus beau souvenir. Que ce soit le quart, la demi, la finale et même les premières rencontres où on est allé à Andrézieux , c’est le moment le plus fort de mes années toulousaines.

Et le plus compliqué ?
C’était il y a deux saisons où je faisais la prépa avec les pros, où je commençais fort avec eux. Je participe à 3 matchs amicaux face à Béziers, Nîmes et Strasbourg et j’arrive à provoquer 2 penalties. Et pourtant, je retourne en réserve et lors des 4 premières rencontres de la saison, je suis sur le banc.

Pourquoi ?
Il y avait Steph’ (Zobo). Pourtant, lors des matchs amicaux avec les pros je jouais 9 et lui sur le côté, mais le coach de la réserve m’avait dit : « J’ai des obligations, ils veulent que Steph joue ». Sur les côtés, il y avait Nathan (Ngoumou) et Amine (Adli) et donc moi je prenais place sur le banc. Je dis que c’est l’un des souvenirs les plus compliqués parce que franchement je l’avais mal pris et je prenais ça pour un coup bas.

En veux-tu à quelqu’un ?
Je n’en veux à personne précisément parce que personne ne m’a jamais donné de raison sur le fait que je ne sois jamais passé professionnel. Mais j’en veux au club dans le sens où ils ne m’ont jamais ouvert la porte, ils ne m’ont jamais laissé la chance de montrer ce que je pouvais faire en professionnel. Je pense que j’en avais les capacités. D’ailleurs, il y a beaucoup de monde qui le pensent, dont mon coach Jean-Christophe Debu.

Justement, qu’est-ce qu’il t’a manqué à passer avec les pros ?
Qu’on me laisse une chance, une seule petite chance. Elle n’est jamais arrivée.

C’est dû à quoi ?
Par marque d’opportunité je pense. Le club ne voulait pas me faire confiance et ne voulait pas me laisser ma chance. En Coupe de France, ils ont fait jouer certains joueurs qu’ils disent « au placard » alors pourquoi ne m’ont-ils pas fait jouer ? J’aurais pu faire un mauvais match, mais au moins j’aurais su pourquoi ils ne me gardaient pas. Là ce n’est pas le cas.

Toi personnellement regrettes-tu un truc ?
Non. Je me suis beaucoup remis en question comme tout footballeur. Tous les jours, tous les matchs, c’est sans cesse sinon ce n’est pas possible d’arriver tout en haut. Mais je ne remets pas en cause mes qualités. Je sais de quoi je suis capable et je l’ai montré au Tef’. J’ai passé 4 années ici, j’ai joué 2 saisons et demie, j’ai inscrit 42 buts et réalisé 27 passes décisives. Je pense avoir de bonnes statistiques. C’est le football. À force de travailler, ça va payer.

Qu’est-ce que tu penses de tes copains qui arrivent aux portes du monde pro. Notamment Mamady (Bangré) ?
Il a toujours cru en lui et a beaucoup confiance en lui-même. Il a énormément de qualité, mais le plus important chez Mamady c’est que c’est un gros travailleur."

Selon toi, quel son meilleur poste ?
Au milieu de terrain. 8 ou 10. C’est un joueur qui adore évoluer dans les petits espaces. Il est très très vif, à l’aise techniquement et il peut faire des différences. Après, il peut jouer sur le côté, mais il manque un peu de physique je pense pour évoluer au haut niveau à ce poste-là.

Et Tom (Rapnouil) ?
C’est mérité qu’il signe pro. Il a toujours travaillé, c’est quelqu’un qui a une super mentalité. Au début, il évoluait au milieu, je l’ai toujours vu jouer à ce poste. C’est un mec qui court partout, qui est capable de courir 12-13 km, de compenser pour les autres etc… Quand il est passé latéral, ça ne se passait pas très bien parce que ce n’est pas là où il voulait jouer. Il a une super patte gauche et est très à l’aise techniquement. C’est un très bon joueur.

Tu fais partie de la génération Amine Adli, Manu Koné… Es-tu surpris de leur réussite ?
Amine non pas du tout. Même s’il a peu galéré, il a toujours eu ces qualités-là, il a toujours été trop trop fort. Il était tout simplement au-dessus. Manu a explosé d’un coup. Il était déjà très fort en U17 lorsqu’ils étaient en playoffs, mais lors de l’année Gambardella il a bluffé tout le monde.

Et Thomas Himeur et Florentin Bloch ?
Ce n’est pas le même style de gardien. Flo est plus sur sa ligne. Thomas sait tout faire, il a beaucoup progressé sur ses sorties, il a un bon jeu au pied, il est complet. Alors que Flo est vraiment super fort sur sa ligne. L’année où on fait notre parcours en Gambardella, on joue contre Tours, Flo était dans les buts et ce jour-là il m’avait impressionné en réalisant 3 énormes parades.

Tu jouissais d’une certaine cote de popularité chez les supporters, as-tu un mot pour eux ?
Ne changez pas. Ils suivent leur club à 100% même nous les jeunes ils nous supportent et ça fait plaisir. La demi-finale de Gambardella face à Montpellier est peut-être le moment où j’ai pris le plus de plaisir. Tous les supporters étaient restés et c’était un moment incroyable. Ils m’ont toujours suivi, soutenu. Ils me souhaitent de réussir alors je les remercie vraiment.

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