Comolli dit tout sur la data : de Wenger à Billy Beane, les limites, le recrutement au TFC

Publié le 17 December 2020 à 18:00 par JB

Damien Comolli a donné une large interview au magazine Vestiaires et a expliqué sa relation particulière avec la data. Morceaux choisis.

Son amour pour la data
Le déclic s’est produit à Arsenal lorsqu’un jour, Arsène Wenger m’a tendu un document en me disant : “lis ça et tu comprendras pourquoi on a terminé à 13 points de MU”. C’étaient les premiers rapports Opta qui donnaient le nombre de duels gagnés, de passes réussies, de centres, de déséquilibres par zone, etc. Manchester était devant sur tous les plans. J’ai compris qu’on pouvait enfin rendre objectifs un certain nombre d’éléments qui restaient jusqu’alors du domaine du ressenti. (…) Au début des années 2000, mon frère m’envoie un bouquin en me disant “il faut que tu lises ça.” C’était Moneyball (adapté au cinéma en 2011, sous le nom de “Le Stratège”, ndlr). Ce livre a été pour moi une révélation. Je me suis dit qu’il fallait que je rentre en contact avec ce mec, Billy Beane (incarné par Brad Pitt dans le film, ndlr). J’ai remué ciel et terre et j’y suis parvenu lorsque j’étais à Tottenham. (…) Il m’a aidé à adapter Moneyball au foot : optimiser le processus de recrutement en allant dénicher notamment des garçons que le marché sous-évalue, pour x raisons, mais que la data nous permet d’évaluer à leur juste valeur.

Les limites de la data
C’est là tout l’intérêt de s’appuyer sur un grand manager capable de tisser une relation de confiance avec ses joueurs au point de savoir déceler et anticiper un problème personnel, par exemple. Vous pouvez très bien aligner les onze meilleurs joueurs que les statistiques préconisent et vous planter ! La data permet de réduire les risques, pas de les annuler. Elle est une aide à la décision, un outil. La data reste encore limitée sur l’aspect défensif. D’où ce que je répète toujours à mes recruteurs : plus on recule sur le terrain plus votre œil devient important. Offensivement, rien ou presque ne nous échappe désormais. Mais défensivement, il y a tout un pan du jeu sans ballon, une mécanique de déplacements coordonnés qui tient pour une part importante dans l’efficacité défensive, et qui passe encore sous les radars de la data. (…) À ce jour, on n’est toujours pas en mesure d’identifier à 100% ce qu’est un bon défenseur. Mais on progresse…

Le nouveau TFC avec la data
Tout notre recrutement a été basé cette saison sur la data, qui est venue confirmer ou infirmer les observations de terrain récoltées dans le cadre du scouting traditionnel. L’un ne va pas sans l’autre. Patrice Garande n’avait jamais utilisé la data, mais a trouvé cela intéressant. (…) Nous ne sommes qu’au début de notre collaboration. Il n’est pas question pour moi de dire à l’entraîneur ce qu’il doit faire. Je le répète, la data est d’abord un outil. Elle n’est pas là pour sanctionner des décisions, mais pour affiner le jugement de ceux qui les prennent."

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