35 ans de TFC - Naples : Philippe Bergeroo raconte le plus beau jour de sa vie en Violet

Publié le 01 octobre 2021 à 20:00 par Samuel Cadène

Il y a 35 ans, jour pour jour, le Toulouse FC s'adjugeait le Naples de Diego Maradona en Coupe d'Europe, au terme d'une séance de tirs au but restée dans l'histoire du club violet. Acteur principal de ce succès et détournant la tentative du "Pibe de Oro", le portier de l'époque, Philippe Bergeroo, a accepté de revenir sur ce match complétement dingue dans un Stadium électrique. Interview.

On imagine que ce TFC-Naples est le plus beau souvenir de votre carrière en violet, est-ce exact ?

Assurément ! Dès le tirage au sort, on se regardait les uns les autres et on s'est dit qu'il n'avait pas été très sympa avec nous. Puis après le premier match là-bas, où nous ne perdons que 1-0, on s'est dit qu'il y avait peut-être quelque chose à faire. C'est mon plus grand moment au TFC.

Partiez-vous un brin défaitiste au moment du tirage au sort ?

Disons que l'environnement autour de nous était défaitiste. Quand on voyait la presse, quand on voyait les gens, tous nous voyaient perdre. La première chose que l'on s'est dite, c'est qu'on allait essayer de ne pas prendre une casquette à Naples. Il ne fallait pas que nous soyons ridicules dans cette Coupe d'Europe, ça l'aurait foutu mal pour tout le monde autour du club. Donc quand on est revenu de Naples et qu'on avait perdu que 1-0, en les bougeant physiquement, dans nos têtes le vent avait tourné.

Au match retour au Stadium, le scénario vous a été grandement favorable il faut dire

Oui, c'est vrai. Andrea Carnevale rate une occasion en face-à-face, une ou deux occasions où on est un peu en difficulté, et la seule occasion qu'on a eue, Stopyra l'a mise au fond. 

Quel rôle a joué le Stadium dans votre exploit ?

Nous étions totalement survoltés par l'ambiance du Stadium. Quand on était avec le bus du TFC, le jour du match et que nous descendions l'avenue de Muret, les gens marchaient à côté de nous, il y avait des bouchons de partout, la police nous ouvrait la route... On sentait qu'il allait se passer quelque chose, même si nous n'en étions pas sûrs. Tous ces gens nous ont donné une force supplémentaire.

Aviez-vous déjà vécu pareil engouement populaire à Toulouse ?

À Toulouse, non. Il y a eu de grands moments, comme lorsque l'on a tapé Auxerre 2-0 et qu'on s'est qualifié pratiquement pour la Coupe d'Europe, ou quand on a gagné à Nancy, mais jamais comme contre Naples. C'était l'osmose entre le public et les joueurs, on ne faisait qu'un.

Avant le match, vous étiez-vous préparé à l'éventualité d'une séance de tirs au but ?

On s'était surtout préparé à ne pas prendre de but, car on savait qu'au moindre but encaissé, c'était quasiment mort. On avait mis un impact physique énorme, et les Italiens ne s'y attendaient pas. On a gagné presque tous les duels, et on avait une belle équipe, avec des joueurs qui collectivement et individuellement apportaient quelque chose, tout en respectant les consignes de Jacques Santini.

"Maradona ? Je croyais que sa frappe était largement hors du cadre"

Qu'est-ce qui a été le plus dur à gérer dans ce match ?

Je dirai que c'est surtout l'avant-match dans le vestiaire. On entendait le public, on avait une équipe avec beaucoup de jeunes, et il fallait les encadrer et prendre la parole quand il le fallait au moment de sortir des vestiaires.

Qu'est-ce qu'il se passe dans votre tête au moment où débute la séance de tirs au but. Vous allez être le personnage principal d'une grande loterie pour ainsi dire.

Sur le premier penalty, j'attends le dernier moment, puis il le frappe dans l'axe alors que je pars sur le côté. Les deux autres sont frappés au ras du poteau, mais je pars chaque fois du bon côté. Mais ce qui était terrible pour moi, c'est que le Stadium scandait mon nom à chaque fois que je prenais place dans le but. 35.000 personnes qui scandent votre nom, vous n'avez pas envie de les décevoir. Bagni s'avance, et je vois qu'il va tirer à droite puisqu'il a l'épaule fermée, et là vraiment, quand je fais l'arrêt, on sent que ça tourne. 

Puis vient Diego Armando Maradona face à vous. Aviez-vous une astuce pour le décontenancer ?

Maradona s'avance, et je savais qu'il ne fallait pas trop bouger pour ne pas lui donner trop d'informations, oui. J'ai attendu le dernier moment, et ce qui est incroyable, c'est que sur la frappe de Maradona, vous savez quand on est gardien, on a la distance de la cage dans la tête, et bien je croyais qu'elle partait largement hors du cadre. Après, je suis battu. Ça frappe le poteau, ma cuisse, puis ça sort. Je pense que c'est comme ça, on devait passer.

Et après, c'est l'explosion générale

C'est ça. On ne lève les bras que quand les coéquipiers lèvent les bras, car dans cette séance, la pression est tellement énorme qu'on ne sait plus où on en est. Quand il rate, le Stadium explose, il y a du bruit, une immense clameur, de la musique... C'était un moment exceptionnel. Pour moi, 35 ans après, je suis ravi d'avoir pu faire partie de l'histoire du TFC, car je suis un pyrénéen, et Toulouse est une ville très très importante pour moi.

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