"Si Lens est remonté en Ligue 1, Philippe Montanier n'y est pas totalement étranger"

Publié le 23 juin 2021 à 16:45 par Samuel Cadène

Laurent Mazure est le créateur du site MaLigue2.fr, mais aussi un supporter du RC Lens depuis toujours. Pour LesViolets.Com, il s'est prêté au jeu de l'interview pour analyser la double arrivée de Philippe Montanier et Mickaël Debève au TFC. 

Comment définirais-tu le nouvel entraîneur du TFC ?

Sérieux dans son approche, au tempérament assez calme. En me basant sur ce que j'ai vu à Lens, c'est un coach qui a un schéma de jeu préférentiel, qui aime bien se reposer dessus, qui est assez peu ouvert aux changements. Disons qu'il a du mal à remettre en question son style de jeu, et quand ça ne va pas, il a met du temps à comprendre ce qui coince... Entre Garande qui prônait l'audace et qui a quand même montré des qualités avec un effectif qu'il a fallu apprivoiser, je pense qu'en terme d'audace dans le jeu, on risque quand même de reculer d'un cran. 

Penses-tu qu'il soit capable de faire remonter le TFC ?

Je pense que oui. Philippe Montanier est un coach de haut de tableau de Ligue 2. Attention, loin de moi l'idée de dire que c'est une énorme pipe. A Lens, avec un effectif peut-être plus expérimenté, il est parvenu à finir la première année cinquième in extremis, avant la seconde année d'être dans le Top 2 avec un record de point à la trêve hivernale. Globalement, si Lens est remonté en Ligue 1, Philippe Montanier n'y est pas totalement étranger. Tout va dépendre du matériel qu'on va lui donner, mais aussi de la relation qu'il va instaurer au sein de son vestiaire.

Toulouse est un club formateur reconnu en France, son nouveau coach fait-il confiance aux jeunes ?

Il aime bien faire confiance à certains jeunes. Comme beaucoup de coach, il déclarera sûrement que la formation c'est la priorité ou un truc du genre. Après, il ne faut pas oublier que sa mission va être de faire remonter le club en Ligue 1, et que les jeunes moins expérimentés ou moins mordants, il aura du mal à les faire jouer et préférera un vieux briscard. Il faut aussi prendre ça en considération. Tout ne sera pas dicté par sa volonté, mais par l'objectif du TFC.

Penses-tu que le fait qu'il soit un jeune coach est un atout pour le TFC ?

Un jeune coach, tout est relatif. Il a quand même de la bouteille. Je pense que les dirigeants du TFC aient pris son âge en considération. Après, moi entre Guion et lui, j'aurais fait un autre choix.

Dans quel système faisait-il jouer le RC Lens ?

La seconde année, ça a commencé en 3-4-3. Il a conservé ce système-là toute la saison dernière avant de se faire débarquer, mais à force, son 3-4-3 était tellement statique, qu'il ne surprenait plus personne. C'est en ça que je disais tout à l'heure qu'il avait parfois du mal à se remettre en question. Au début, son 3-4-3 a performé, puisque Lens est parti tambours battants lors de la saison 2019-2020, mais on a senti un essoufflement progressif, et le jeu devenait clairement stéréotypé. Par exemple, quand Franck Haise a repris les choses en main, il a conservé le 3-4-3, mais en le modifiant légèrement, ce qui a donné un 3-4-1-2. Ça a permis de recentrer les attaquants et d'avoir un numéro 10 vraiment derrière les deux pointes. Ça a totalement transformé cette équipe-là et ça a apporté plus de liberté aux pistons, un peu comme ce que l'on a vu dans le 3-5-2 de Patrice Garande chez vous cette saison.

Quel souvenir en gardes-tu à Lens ?

Encore une fois, Lens a joué la montée les deux saisons sous ses ordres, mais je m'attendais à peut-être un peu mieux au niveau du jeu pratiqué. On s'est rarement enthousiasmé devant des matches. Des fois, Lens a collé des grosses claques à ses adversaires, mais c'était souvent face à des adversaires faibles. La première année, Lens est pratiquement hors du coup pour la montée, et grâce à trois victoires en fin de saison, ils arrivent à accrocher in extremis une cinquième place. Là-dessus, un esprit de groupe s'est créé, qui a permis à Lens d'aller jusqu'aux barrages, et il y a eu une continuité la saison suivante avant un effondrement soudain dans le début de la saison suivante.

Dans le vestiaire, il est comment Philippe Montanier ?

En interne, on lui a reproché d'être un peu trop lisse, de ne pas avoir assez de mordant face à l'adversité et lorsque les choses n'allaient pas forcément bien. Montanier, de son passage à Lens, a pu compter quand même sur des cadres qui ont un certain poids dans le vestiaire comme Leca ou Cahuzac que vous connaissez bien à Toulouse. Ce sont des joueurs qui avaient une grande responsabilité dans les bons résultats du club. Je pense qu'il va essayer de s'entourer de cadres dans ce genre-là, mais il y a tout intérêt pour que ça marche bien, que Montanier ait tout de suite des résultats, sinon... 

Si on comprend bien, il n'a pas un énorme caractère ?

Attention, il est capable de péter des câbles comme tous les coachs, mais c'est rare de le voir sortir de ses gonds en conférence de presse par exemple. C'est vraiment un discours assez soft. Au niveau de la langue de bois, on est au summum. Par exemple, on a posé plein de fois la question "Il y a un joueur suivi par le club, est-ce vrai ?" et bien sa réponse favorite, c'est "vous savez, les rumeurs c'est comme les lapins, il faut les laisser courir". C'est vrai qu'entre Garande et lui, c'est le jour et la nuit en terme de com.

Il ne vient pas seul, Mickaël Debève revient au TFC, qu'en dis-tu ?

L'avantage que va avoir Montanier, c'est qu'il va pouvoir s'appuyer sur un Micka Debève qui connaît parfaitement l'environnement récent du TFC. Il connaît aussi des anciens joueurs etc. Il va s'appuyer sur les données transmises par son adjoint. En ça, Montanier va gagner énormément de temps.

Un mois, est-ce suffisant pour s'adapter, ou le TFC a accumulé déjà trop de retard dans sa préparation ?

Non, c'est suffisant. Je doute que les discussions aient été entamées hier, donc c'est que ça travaillait bien sur ce dossier. J'ose imaginer qu'ils savent où ils vont mettre les pieds. Sur le papier, le Toulouse d'aujourd'hui paraît peut-être un peu plus faible que le Lens d'il y a deux ans, mais après, ça ne veut pas forcément dire grand chose.

Toulouse Lens, c'est l'autoroute du bonheur on dirait ?

(Rires) En ce moment ouais, c'est royal ! C'est bien de conserver ces bonnes relations malgré le changement de président. J'espère pour Toulouse sera aussi important que Cahuzac a pu l'être pour Lens par exemple. C'est tout le mal que je souhaite au TFC, et je souhaite également une pleine réussite à Philippe Montanier.

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