"Pour Makengo, l'arrivée de Kombouaré a été une catastrophe"

Publié le 26 juin 2020 à 09:30 par Emmanuel Davila

Cette semaine, le TFC a retrouvé les terrains d’entraînement du Stadium, après plus de trois mois d’arrêt. Pour mieux saisir les enjeux de cette reprise, la rédaction du site LesViolets.Com a interrogé Xavier Frezza, préparateur physique de plusieurs joueurs, dont Jean-Victor Makengo et Wissam Ben Yedder. Il revient ici sur le rôle de préparateur de joueurs, sur la gestion des joueurs pendant et après le confinement, et sur la délicate saison de Makengo sous le maillot violet…

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail de préparateur physique ?
"C’est un travail complémentaire à celui des clubs. Au sein des clubs, l’individualisation est souvent assez faible, on fait beaucoup de travail de groupe, alors qu’en fonction des postes, on trouve des profils physiques plus ou moins forts et des besoins différents. Les clubs ne mettent souvent pas les moyens pour permettre ce travail individuel. C’est là que j’interviens. On peut travailler sur la puissance, l’endurance, sur un retour de blessure… Ça dépend."

Tu es donc spécialisé dans le football professionnel ?
"Je suis plutôt dans le foot, oui. Il y a 10 ans, j’ai bossé pendant deux ans pour Robert Duverne (préparateur physique de l’Equipe de France de 2004 à 2010, NDLR), dans son centre. Ça m’a vraiment appris pas mal de trucs. J’ai commencé à travailler avec des sportifs de haut niveau, à mettre le pied à l’étrier. Maintenant, je suis bien implanté dans le monde du foot."

Comment ça se passe avec les clubs ?
"La plupart des clubs n’aiment pas du tout, parce qu’ils ne connaissent pas la personne, ni ses références, et je le comprends. Ce qui est moins compréhensible, c’est que le club ne se donne pas les moyens humains nécessaires aux joueurs. Même si un préparateur physique de club veut bien faire son boulot, il ne peut pas suivre le joueur 15 heures par jour. Ils sont contre mais ne mettent pas en place ce qu’il faut."

Les joueurs semblent d’ailleurs de plus en plus nombreux à faire appel à des préparateurs physiques personnels.
"Oui, c’est vrai. Après, il y a aussi l’effet Instagram. On poste tout et n’importe quoi, on montre ce qu’on veut montrer, parce que c’est un phénomène de mode. J’ai le sentiment que le nombre de joueurs qui font ça sérieusement est assez limité. Comme Pogba ou Cristiano Ronaldo font ça, certains veulent faire pareil. Parfois, c’est à mourir de rire. Ce sont des potes à eux qui le font, alors qu’ils n’ont aucune compétence. Dans le milieu du sport, il y a des charlots. Tout le monde pense pouvoir s’improviser préparateur."

Au TFC, en début de saison dernière, Kalidou Sidibé avait fait une pré-préparation physique, avant de vite se blesser pour toute la saison…
"Ça, c’est sûr, c’est contre-productif. En revanche, ce que je ne fais jamais, c’est émettre un avis sur la performance sportive du joueur, et je demande la réciproque dans les cas où ça se passe moins bien. Je ne les vois pas tous les jours et le physique ne représente qu’une partie de leurs performances. Certains joueurs vont faire une préparation physique correcte mais dormir 4 heures par nuit et manger de la merde tous les jours… Certains vivent la nuit. Ils sont nombreux à se coucher à 3 ou 4 heures. Ils sont millionnaires, et du coup, ils peuvent bouffer ce qu’ils veulent quand ils veulent. Mais la base d’une bonne récupération, c’est l’alimentation et le sommeil."

Parmi les nombreux joueurs que tu as côtoyés, y en a-t-il un qui t’a particulièrement impressionné physiquement ?
"Il y en a plusieurs. Mais Jean-Victor [Makengo] est par exemple quelqu’un de très professionnel. Il surveille son alimentation, ce n’est pas quelqu’un qui fait la fête. Physiquement, il a un gros potentiel. J’espère qu’il va exploiter ça dans les années qui viennent."

En parlant de Makengo, as-tu évoqué avec lui sa saison au TFC ?
"Nous en avons un peu parlé, mais ce n’est pas mon rôle. Ce n’était pas facile mentalement. Je regarde beaucoup les performances de mes joueurs. J’ai regardé quasiment tous les matchs du TFC. C’était un chemin de croix, ça semblait impossible de rebondir. Je connais bien Vainqueur avec qui j’ai aussi beaucoup travaillé. C’est avec Kombouaré que ça a été le pire. Avec Casanova, Jean-Victor était indéboulonnable, il faisait ses matchs, semblait progresser, et même si ça ne jouait pas beaucoup au foot, il y avait de quoi se maintenir. Pour Jean-Victor, l’arrivée de Kombouaré a été une catastrophe."

Les nombreux changements de préparateurs physiques au club n’ont pas dû l’aider…
"Je ne sais pas. Mais nous avons beaucoup travaillé pour qu’il conserve le rythme. Le manque de rythme est très dur à gérer. On essayait de remplacer les matchs. Quand un joueur se remet à jouer après une coupure, c’est très fréquent qu’il se pète."

Justement, après une coupure de trois mois, les joueurs du TFC retrouvent les terrains d'entraînement. N’y a-t-il pas un risque d’éprouver les corps des joueurs et de voir les blessures se multiplier ?
"Pas vraiment. Le championnat reprendra deux semaines après la date habituelle et là, les joueurs reprennent en même temps que d’habitude. Ça leur fait juste deux semaines de préparation en plus. Ils auront beaucoup de tests à faire pour ajuster l’intensité au début. On n’est pas dans le cas des pays qui ont repris. Là, c’est vraiment problématique. Tout est fait dans l’urgence. Les joueurs doivent encaisser une préparation puis jouer tous les trois jours. Il y a pas mal de joueurs qui le paient déjà. Et on va leur sucrer la majorité de leurs vacances, avant de leur faire faire une nouvelle préparation..."

Comment as-tu travaillé avec les joueurs pendant le confinement ?
"Ce n’est pas vraiment la période que j’ai préférée. On a bossé à distance. Je ne faisais pas de visio, je laissais chaque joueur organiser sa journée comme il le voulait. Je leur envoyais un programme, avec des séances de travail tous les jours."

Comment prépares-tu cette reprise, après de longues semaines sans entraînements ?
"Les joueurs avec qui je travaille ont réussi à sortir du confinement en étant plutôt bien physiquement. Mais la reprise va être vraiment problématique pour les gars qui n’ont rien fait. Ils vont se retrouver hors de forme et ça se cumule souvent avec une prise de poids de 3 ou 4 kilos. Si on ne prend pas le temps de réhabituer le corps, les risques de blessure se multiplient. Jean-Victor a bossé, il est revenu en étant déjà prêt à être sur le terrain, sans problème. Pour d’autres, il faudra vraiment y aller mollo."

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