"Marcel Delsol habite le Stadium", l'hommage de Didier Pitorre

Publié le 08 août 2018 à 00:00 par Didier Pitorre

Par Didier Pitorre, historien du TFC, pour LesViolets.Com.

"J’ai 52 ans, j’ai connu Marcel Delsol président de bout en bout. C’est un grand monsieur qui s’en va.

Il a démarré petit, ses parents étaient cultivateurs, puis il a gravi les échelons et est devenu un homme d’affaires. Il dirigeait une station de ski.

Il a fait la guerre et s’est évadé deux fois d’Allemagne. Il m’avait raconté qu’il s’était retrouvé dans la même cellule que François Mitterand.

Alors qu’il était dans le business de l’hôtellerie à l’époque, il est entré dans l’organigramme du TFC. C’est lui qui a succédé à Daniel Visentin en 1985.

Marcel Delsol était à la tête du club durant les années européennes avec Marcico. Dans la continuité de son époque, après un grand boulot de sa part pour relancer le club, deux joueurs révélés au TFC durant sa présidence ont été champions du Monde en 1998 : Fabien Barthez et Vincent Candela.

Les joueurs l’appelaient “Papy Delsol” pour sa proximité, son esprit de famille. Il a inculqué les valeurs de courage, de dépassement de soi, d’abnégation. Tous les joueurs qui l’ont connu vous diront la même chose : il forçait le respect. C’était un sage. Même en tant que président, il venait aux entraînements pour discuter avec les supporters. Il leur demandait leur ressenti.

Olivier Sadran a toujours été à son écoute et lui a souvent rendu hommage. Il n’avait d’ailleurs pas hésité, lors de la rénovation de la Bodéga, de nommer un Espace Delsol. C’est le devoir de mémoire. Il ne faut pas oublier ceux qui ont bâti l’édifice.

M. Delsol est un Toulousain. Je me souviendrai de son accent rocailleux du sud-ouest.

Ces dernières années, quand il venait voir les matchs, je le ramenais chez lui. Sous Casanova, nous avons perdu deux demi-finales de Coupe : en 2009, contre Guingamp, et en 2010, face à l’OM. Ces deux soirs-là, dans la voiture, il avait la larme à l’oeil et me disait : “Tu sais Didier, je ne sais pas si je verrai un jour le Stade de France avec le TFC.” Des moments prenants.

Depuis deux ans, il ne pouvait plus venir au Stadium. Il avait toute sa tête, mais son corps était usé. Je l’ai encore eu au téléphone il y a quelques semaines. Nous avons parlé ensemble de la Coupe du Monde et des barrages.

Il était toujours attaché au TFC. Il aura vécu les 80 ans du club. Il restera comme un des plus grands présidents du Tèf.

Avoir vécu autant de moments dans une vie, c’est beau.
Il a célébré ses 100 ans en juin. Quelques semaines plus tard, il s’en va. Il aura su que la France était championne du Monde et le TFC toujours dans l’élite française.

Une page se tourne. Il est désormais dans le grand stade de l’éternité.

On pensera à lui à chaque match au Stadium. Le Stadium est imprégné de sa présence. Il habite le Stadium.

Didier Pitorre."

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