"Clermont n'a pas digéré l'annulation des barrages et veut reprendre où il s'est arrêté"

Publié le 18 September 2020 à 17:33 par Emmanuel Davila

Avant le déplacement du TFC sur la pelouse de Clermont, samedi (15h, BeIN Sports 2), la rédation du site LesViolets.Com a interrogé Laurent Calmut, qui suit le Clermont Foot 63 pour le journal La Montagne.

Clermont sort d’une très belle saison, qu’il a terminée à la cinquième place. Le club a-t-il digéré l’annulation des barrages ?
"Non, ce n’est pas du tout digéré. La saison s’est terminée brutalement. Les dirigeants ont tout fait pour que les barrages aient lieu, quitte à les faire ailleurs, à huis clos, à l’image de ce qu’a fait l’UEFA avec la Ligue des Champions. Ils ont porté cette idée avec l’ACA et Troyes, qui étaient concernés aussi, mais ça a été retoqué par la fédération, donc ils sont assez amers. En plus, ils étaient persuadés qu’ils pouvaient faire mieux, ils étaient sur une très bonne dynamique et s’imaginaient aller plus haut. Les joueurs aussi. Ils étaient persuadés qu’ils pouvaient monter sur le podium, voire finir deuxièmes."

Ce n’est pas la première fois que Clermont passe près de la montée. C’est devenu un objectif affiché ?
"Affiché, non, mais depuis que les nouveaux dirigeants sont arrivés il y a un an et demi, l’objectif, en gros, c’est de jouer une place pour les barrages, le top 5, se donner les moyens de tenter la montée régulièrement. On vise la première partie de tableau et plus si affinités. Après, secrètement, ils veulent absolument reprendre là où ils se sont arrêtés. Mais ils ne le diront pas."

Comment le club gère-t-il ce mercato à rallonge ? La belle saison dernière a dû susciter des convoitises.
"Pas mal de jeunes ont été prêtés, d’autres joueurs sont partis, comme Dupé. Là, au poste de gardien, ils ne voulaient plus de prêt. Ça faisait 3 ans qu’ils faisaient ça, avec Bernardoni, Descamps puis Dupé. Ils ont acheté l’ancien gardien de Rodez, Arthur Desmas. Devant, la grosse différence, c’est qu’ils ont vendu Grbic. Depuis le début de la saison, tu vois qu’il manque un gars comme lui. Surtout que Jordan Tell, qui est l’avant-centre désigné cette saison, s’est blessé pour un mois. Sinon, l’équipe n’a pas changé, la défense est la même, au milieu, ce sont les mêmes gars, les mêmes idées. Il y a un nouveau joueur offensif béninois [Jodel Dossou, ndlr] qui n’est pas encore prêt, mais il a déjà marqué à Auxerre et il va être intéressant. Cet été, ça a peu bougé et c’est un grand changement. Cette fois, il n’y a pas la colonne vertébrale à refaire. Les joueurs se connaissent et connaissent les idées de l’entraîneur."

Justement, l’entraîneur, Pascal Gastien est connu pour sa volonté de produire du jeu. Quelle est sa patte ?
"Ça repose sur beaucoup de possession, du jeu placé, des combinaisons, du jeu en déséquilibre, très peu de jeu rapide en première intention ou en contre. C’est très posé, ça part de l’arrière, ça fait beaucoup de passes. C’est aussi une équipe qui concède très peu d’occasions. Le problème, c’est la réussite devant le but. L’équipe amène facilement le ballon dans la surface, mais c’est plus compliqué pour finir. Les équipes commencent aussi à connaitre Clermont, et c’est pour ça qu’ils tentent parfois un jeu plus direct, pour aspirer l’adversaire et jouer dans son dos. Contre Auxerre, ça ne s’est pas trop mal passé. L’avantage de Clermont, c’est qu’ils ont beaucoup de repères, ils n’ont pas de temps de mise en route sur les dix premières journées."

Tout ça tord un peu le cou au poncif d’après lequel, en Ligue 2, tout se joue sur l’engagement physique…
"C’est vrai. C’est une philosophie très propre à l’entraîneur. Quand il a repris l’équipe [en 2017, nldr], après Corinne Diacre, ça ne jouait pas du tout comme ça. Il a instauré ça petit à petit, et les nouveaux dirigeants veulent maintenant s’appuyer sur cette philosophie de jeu, ça doit devenir la marque de fabrique de Clermont."

Quel souvenir gardes-tu de Maxime Dupé ?
"Un bon souvenir. C’est quelqu’un qui s’était bien intégré, quelqu’un de plutôt tranquille, vous avez dû le voir. Il a eu une petite période un peu moins bonne, qui a correspondu à la période de moins bien de Clermont. Il a fait de petites erreurs, puis il est bien revenu. Il avait tendance à faire quelques trucs un peu bizarres dans un match. Ça ternit un petit peu l’impression d’ensemble, mais il a fait un bon passage à Clermont. Le club n’aurait pas pu mettre les 500 000 euros qu’a mis Toulouse, mais aurait bien aimé que Nantes le libère de son contrat."

A Toulouse, on entend souvent que le rugby prendra toujours trop de place pour qu’un club de foot émerge vraiment. A Clermont aussi, vous entendez ça ?
"Oui, forcément. Ici, c’est une terre de rugby. Il y a les nouveaux investisseurs qui bougent un peu les choses, qui font des efforts pour présenter les maillots, faire du marketing. Ils viennent de sortir une mascotte. Ça vaut ce que ça vaut, mais ils bougent. Du côté de l’ASM on observe tout ça. Ça n’a rien à voir niveau spectateurs, mais si Clermont montait en Ligue 1, ça pourrait insuffler un truc. Ce serait le premier club auvergnat à le faire."

Comment est-ce que tu vois le TFC cette saison ?
"C’est une équipe de L1 qui descend, ils vont être confrontés à la réalité de la Ligue 2. Remonter, c’est compliqué, pas mal d’équipes l’ont vu. Caen, Auxerre, Lens qui a mis du temps à y arriver… Ce sera difficile pour Toulouse, qui restera une équipe à battre pour toutes les autres. C’est le plus gros budget, venu de l’étage supérieur. Forcément, quand tu les affrontes, tu es ultra motivé, ça te parle un peu plus. Et vu le début de saison, il n’y a pas beaucoup de temps à perdre."

Un pronostic pour le match de demain, et pour le classement final des deux clubs ?
"Je vais dire 1-0 pour Clermont. Pour le classement… On va dire que Clermont sera dans le top 5 avec Toulouse, mais les places, je n’en sais rien. Disons que les deux seront en barrages."

Nos derniers articles