Trejo-mantique

12/05/201512:00

Actuellement dans une forme étincelante, Oscar Trejo fait briller de mille feux le milieu en diamant du TFC. Analyse d’une métamorphose, avec de vrais morceaux d’amour à l’intérieur.

« C’est l’élégance simple qui nous charme ». Par ces quelques mots, le poète Ovide dispensait ses conseils aux jeunes femmes désireuses de séduire les hauts gradés de l’Empire Romain. 2 000 ans plus tard, ce sont les amoureux du football qui se laissent envoûter par le raffinement de ses plus belles idoles. Depuis un mois et demi, le public du Stadium vibre au rythme des exploits d’Oscar Trejo, passé du stade d’artiste inconstant à celui d’artisan principal du maintien toulousain. La Ville Rose semble enfin mériter son éternel surnom, et se laisse désormais aller au romantisme que lui inspire son meneur de jeu argentin.

Oscar l’incompris

Il y a trois ans, personne n’osait parler de tactique à Toulouse. On préférait juger les joueurs sur leur dimension physique, leur capacité à « mouiller le maillot » et à inonder la pelouse de sueur. Rien d’anormal, dans la patrie du rugby. Jusqu’au jour où, au printemps 2013, Alain Casanova abandonne son sacro-saint 4-1-4-1 pour passer à un système novateur, le 3-5-2. Surtout, l’ancien technicien toulousain redécouvre son arbre généalogique et introduit une philosophie « à l’espagnole », incarnée à merveille par sa recrue estivale, Oscar Trejo. Débarqué du Sporting Gijon contre 2,1M€, le milieu argentin n’est pas venu les mains vides sur les bords de la Garonne : jeu au sol, toucher de balle lunaire, tête levée, crochets courts, passes justes et dribbles chaloupés, autant de qualités qui garnissent alors ses valises.

Et pourtant, la mayonnaise tarde à prendre. La faute à un collectif chamboulé par les départs, à des résultats mitigés et à une difficile adaptation de Trejo à la rugueuse Ligue 1. Son entraîneur a beau le cajoler en public (« Il bonifie le collectif […] avec un peu plus de puissance et d'efficacité offensive, Oscar ne serait peut-être pas au TFC ») rien n’y fait, et le public toulousain prend en grippe l’ancien de Boca Juniors. Il faut dire que le public du Stadium est encore nostalgique des courses effrénées de Moussa Sissoko, et que ses stats maigrelettes (2 buts et 1 passe décisive lors de sa première saison) ne font pas oublier Beto Marcico, son glorieux aîné et compatriote. Qu’importe, Trejo ronge son frein, attendant patiemment qu’on lui confie les clés du jeu téféciste…

Basculement tactique

S’il a eu le mérite de le recruter, ce n’est pas Alain Casanova qui osera lui offrir ces responsabilités. Englué dans un système inédit mais étonnamment frileux, l’Argentin doit défendre comme un 6, courir comme un 8 et créer comme un 10. Trop, évidemment, pour son endurance digne d'un Tibétain asthmatique. Le retour à une défense à 4 lui permettra de se rapprocher de la surface adverse et donc de retrouver la forme, comme en témoigne son but exceptionnel face à Rennes en février dernier (voir la vidéo ci-dessous), mais il faudra attendre la nomination de Dominique Arribagé pour qu’Oscar se retrouve enfin dans un rôle qui lui corresponde.

Dans le 4-4-2 en losange mis en place par le nouveau coach, Trejo occupe une place de choix derrière deux attaquants, tout en réduisant ses tâches défensives du fait de la présence de trois « aboyeurs » pour faire le sale boulot. En clair, il est devenu le meneur et le dépositaire du jeu du TFC, distribuant les caviars comme un véritable dealer d’esturgeons. Rayonnant dans l’entrejeu, le « Javier Pastore du Tèf » comme le surnomment ses partenaires se fait également une place sur les tableaux d’affichages. Grâce à son égalisation décisive face à Lille ce week-end,  Il est désormais impliqué dans 5 buts lors de ses 11 derniers matchs de Ligue 1 (3 buts, 2 passes décisives). C’est déjà plus que lors de ses 50 premières apparitions en violet…

Une évolution, que dis-je, une métamorphose qui ne laisse personne indifférent : ni son entraîneur, qui n'hésite plus à déclarer que « Choco peut devenir l’un des meilleurs joueurs du championnat », ni les supporters, devenus plus cléments à mesure que son talent éclaboussait la pelouse du Stadium.

Trejo 2016 ?

Dans un univers où les statistiques parlent parfois à la place des gens, Oscar Trejo semble en net décalage. Mais celui qui a grandi dans l’ombre de Juan Roman Riquelme à la Bombonera sait que le football n’est pas qu’une affaire de chiffres. Il y a ces dribbles, ces accélérations, cette douceur dans le contrôle qui s’apparente à celle d’une plume sur un corps nu. Il y a ce plaisir, impossible à quantifier, éprouvé par milliers lorsque l’Argentin fait se lever un stade en même temps qu’il fait s’asseoir son adversaire direct. Et il y a cette dégaine, celle d’un esthète comme seule l’Argentine sait encore en produire, et que Toulouse n’a plus aperçu depuis Thierry Moreau dans les années 90. De quoi en faire la pièce maîtresse du TFC pour la saison prochaine ?

Avec le départ probable de Wissam Ben Yedder, Toulouse devra sérieusement repenser son animation offensive. On peut donc dire que l’explosion de Trejo tombe à pic, tant les certitudes pourraient s’avérer minces dans ce secteur de jeu. Construire une équipe autour de son meneur de jeu, c’est lui fournir des attaquants capables de transformer ses offrandes, en même que de lui éviter trop d’efforts quant à la récupération du ballon. En somme, un savant mélange entre le talent offensif et l’équilibre défensif. Grâce à sa technique et sa vista, le natif de Santiago del Estero pourrait ainsi bonifier le travail de sape des trois récupérateurs placés derrière lui, un trio de valets prêts à mettre le Prince dans les meilleures dispositions. Et pourquoi pas, dès lors, récupérer le numéro 10 laissé vacant par WBY ? Si tel est le cas, vous pouvez compter sur les romantiques de la Ville Rose pour s’arracher la sainte tunique. A porter élégamment, autour d'un asado.

@GhislainCorrea

Lire aussi

11/05/2015 - Trejo boudé par L'Equipe, pas par FF

Partager




Calendrier

Match précédent

TFC 1-1 Montpellier (amical)

Classement

Reprise du championnat le 4 août

Prochain match

TFC - Osasuna
Vendredi 28 juillet (amical) à 19h
À Tarbes

Sondage

Carl Medjani, il vient... ou pas ?

  • Oui, on le veut comme titulaire
  • Oui, très bien comme remplaçant
  • Non, on n'a pas besoin de lui
  • Ne se prononce pas.